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I- Les voyelles du désir: une éthique
de l'action et de la parole
Le Baal Chem Tov et ses disciples insistent sur les liens mystiques qui
existent entre l'homme et son entourage immédiat. Chaque homme
doit rechercher les liens contenant des étincelles tirées
de la racine de son âme afin de les libérer. Les étincelles
sont présentes partout sans exception. Il n'y a donc aucune place
pour un secteur qu'on pourrait dire profane en opposition à des
domaines particuliers de sainteté.
L'homme a partout l'occasion et même l'obligation de faire s'élever
les étincelles, mais partout l'oubli de sa responsabilité
le menace. Une conscience éveillée peut découvrir
"l'étincelle" dans chaque domaine de la vie et peut demander
ainsi au monde une signification plus haute et plus féconde.
Cette vision du monde n'a rien à voir avec un panthéisme
mais plutôt avec un apprentissage à regarder le monde avec
à chaque fois un regard neuf. Ainsi les actes simples et insignifiants
deviennent fondamentaux.
Le retour à l'existence n'est pas le lieu d'un matérialisme
grossier ou naïf mais celui d'un renouvellement de la transcendance
en l'homme. Retrouver les étincelles dans chaque chose veut dire
rechercher en chaque chose l'absolu qui nous échappe mais qui crée
une distance et un désir, une question et un mouvement d'au-delà
de soi-même qui est justement la vie de l'existence au sens étymologique,
de la capacité de sortir de soi, de se dépasser et de s'inscrire
dans un mouvement de création.
C'est là où l'homme se trouve qu'il doit faire briller la
vie cachée de l'absolu.
Cela signifie que les choses sont ouvertes au temps de la fécondité
et à la créativité.
Elever les étincelles, cela signifie mener une vie plus pleine.
Nous allons montrer dans les pages suivantes différentes facettes
de l'élévation des étincelles. Les étincelles
seront sous-jacentes à tous les propos qui vont suivre.
Le hassidisme met en place une éthique.
L'éthique n'est pas un mot, mais un mouvement, une recherche, une
brisure. Il y a éthique quand il y a "recherche d'un lieu
où la parole met en acte ses points de renouvellements, alors que
tout est supposé acquis, déjà là, à
commencer par la langue où l'on baigne, héritage q'il n'y
aurait plus qu'à faire tourner .... en rond(1)".
La parole, la langue et le langage ne sont pas pris ici dans leur sens
purement linguistique; ils désignent l'ensemble des signes du monde,
du corps, de la société, bref, de tout ce qui s'organise
pour signifier quelque chose. Ainsi peut-on parler d'une éthique
de la parole, de l'action, du savoir.
Action, naissance et liberté
Pour le hassidisme, l'éthique de l'action signifie qu'il y a un
agir qui correspond à la faculté humaine de commencer, d'entreprendre,
de prendre une initiative. L'action éthique s'oppose au comportement,
qui n'est que le geste répété imitant un geste déjà
fait, sans avoir la force de l'innovation.
L'éthique de l'action hassidique est l'interruption du flux de
la vie qui conduit vers la mort; elle est la faculté de commencer
du neuf, nous rappelant constamment que les hommes, bien qu'ils doivent
mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour innover.
L'action hassidique, qui s'oppose au geste de répétition,
souligne que l'homme est un nouveau commencement, un initiateur.
II- Pour une parole existentielle
"L'éthique du hassidisme propose un ensemble de processus
permettant de s'affranchir des formes instituées de l'expérience,
pour inventer des nouvelles formes de vie.
L'homme hassidique est l'homme du hidouch, de la nouveauté. (.)
L'éthique hassidique soutient que chacun a le devoir de re-chercher
la liberté d'inventer d'autres formes d'expérience.
Cette éthique n'assimile pas la liberté à la découverte
de quelque vérité ou de quelque authenticité, mais
à un constant effort d'affranchissement et d'invention de soi.,
du risque de soi.
L'homme du hidouch existe dans ce qui fait que chaque jour n'est pas la
répétition du jour qui précède.
Dans la langue de Rabbi Nahman, cela se traduit par "l'interdiction
d'être vieux."
L'éthique hassidique est une exigence de l'inimitable.
Historiquement, le Hassidisme s'est révélé être
une critique de l'institution rabbinique officielle de l'époque.
Cette critique peut s'étendre à toute institution de manière
générale. Mais ce que le hassidisme a le plus apporté,
c'est la démocratisation de l'étude, la possibilité
pour chacun d'accéder à l'interprétation. "
Un disciple vient voir son Maître qui lui demanda: "Qu'as-tu
appris?"
Le disciple répondit: "J'ai traversé 3 fois le Talmud"
et
le Maître lui dit: "Mais est-ce que le Talmud t'a traversé?"
III- Le Tsimtsoum de l'esprit.
Le "manifeste" de Rabbi Nahman de Braslav
Pour le hassidisme, la première attitude face à la tradition
est la contestation. Elle permet de faire obstacle à la transmission
des stéréotypes caractéristiques des discours idéologiques.
Le hassidisme refuse que la parole d'un texte s'écoute au travers
de la grille sémantisée et sédimentée d'un
discours. On comprend pourquoi Rabbi Nahman de Braslav (1772-1810) tint
un jour ces propos si radicaux:
"Il y a des maîtres rabbiniques réputés pour
leurs connaissances de la Tora. Ils possèdent une ample connaissance
des textes et des interprétations données par leurs devanciers.
Mais, précisément, de ce fait, ils sont dans l'impossibilité
d'innover [lehadèch] dans la Tora car ils sont trop savants.
Lorsqu'un de ces maîtres va innover quelque chose, aussitôt
son savoir gigantesque le trouble, l'enferme; il commence à formuler
de nombreux préliminaires et à faire le résumé
de la synthèse de ses connaissances sur le sujet , et de ce fait,
ses propres paroles s'embrouillent et il ne peut prononcer aucune parole
nouvelle intéressante.
Lorsque quelqu'un désire innover des paroles nouvelles [des sens
nouveaux], il doit restreindre son savoir [littéralement: faire
le Tsimtsoum en son esprit] c'est-à-dire faire le vide, ne pas
se précipiter dans des considérations préliminaires
connues qui embrouillent son esprit et qui ne sont pas nécessaires
à l'innovation. Il doit faire comme quelqu'un qui ne sait pas et,
seulement alors, il peut innover des sens nouveaux progressivement en
ordre.
Celui qui veut innover des sens dans le Tora, il lui est permis d'innover
et d'interpréter tout ce qu'il veut, tout ce qu'il aura la chance
d'innover par son esprit, à condition qu'il n'innove pas de nouvelles
lois."
En fait, pour le hassidisme - et le Rabbi Nahman en est une figure des
plus paradigmatiques - l'homme n' a pas seulement le droit d'innover mais
il en a le devoir.
Innover ou mourir, telle est la devise.
L'homme doit se retirer de "soi" pour pouvoir accéder
à lui-même.
Une pratique déconstructive
Ainsi, l'apport essentiel du hassidisme est une pratique déconstructive
de la langue et de la pensée.
Rabbi Nahman de Braslav précise:
"Même un homme simple, s'il prend le temps de lire, s'il
regarde les lettres dela Tora, il pourra voir de nouvelles choses, de
nouveaux sens; c'est-à-dire que, par un regard intensif sur les
lettres, celles-ci commenceront à "faire de la lumière",
à se mélanger, à se combiner (cf.Yoma, 73b) et il
pourra voir de nouveaux arrangements de lettres, de nouveaux mots, et
il pourra voir dans le livre des choses auxquelles l'auteur n'a pas du
tout pensé.
Et tout ceci est possible même pour l'homme simple, sans efforts..."
Rabbi Nahman veut dire que tout grand texte pense au-delà de lui-même,
son pouvoir-dire dépasse son vouloir-dire; s'arrêter à
ce que veut dire un texte, c'est passer à côté de
la dimension transcendante qui l'exalte.
Tout grand texte est le lieu d'une création particulière,
d'une pensée originale qui suscite quelque chose qui ne pouvait
pas l'être avant.
"Cette création ne peut aller sans un déchirement,
un éclatement de ce qui préexiste, brisure de l'horizon
donné et récréation. Notre apport véritable
à un tel texte et à la pensée qui y est énoncée
ne peut que viser à retrouver ce moment de déchirement créateur,
cette aube différente et recommencée où, soudain,
les choses revêtent un autre aspect dans un paysage inconnu.
Cela implique que, pour nous, le texte du passé et la pensée
qu'il contient deviennent des êtres nouveaux dans un nouvel horizon
que nous les créons comme des objets de notre pensée dans
un rapport autre leur être inépuisable ".
Aucune lecture "fidèle" n'est jamais importante et aucune
lecture importante n'est jamais vraiment "fidèle".
La lecture, un acte de liberté
Pour le hassidisme, l'étude est un acte de résistance au
"langage des institutions".
Lorsque Rabbi Nahman insiste à plusieurs reprises sur ce point
: "à condition qu'il n'innove pas de lois nouvelles",
ce n'est pas la nouveauté de la loi qui le dérange, mais
la loi elle-même qui, venant s'ajouter aux lois, renforce la parole
institutionnelle. La loi supplémentaire est refusée parce
qu'elle renforce l'institution et les gardiens de son idéologie,
au lieu de l'affaiblir et de la détruire.
Le rôle des l'interprétation est clair. Il ne s'agit pas
de répéter, de paraphraser le texte de départ, mais,
littéralement, de décoller, d'aller "au delà
du verset", de passer du texte à son propre texte. Par cette
lecture créatrice, le lecteur naît véritablement;
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IV- La sagesse de l'incertitude
L'importance de chacun
"On comprend alors que pour le hassidisme, chaque personne née
en ce monde représente quelque chose de nouveau, quelque chose
qui n'existait pas auparavant, quelque chose d'original et d'unique.
C'est le devoir de toute personne en Israël de savoir apprécier
qu'elle est unique en ce monde par son caractère particulier et
qu'il n'y a jamais eu quelqu'un de semblable à elle, car s'il y
avait eu quelqu'un de semblable à elle, il n'y eût nul besoin
pour elle d'être au monde. Chaque homme pris à part est une
créature nouvelle dans le monde, et il est appelé à
remplir sa particularité en ce monde.
La toute première tâche de chaque homme est l'actualisation
de ses posibilités uniques, sans précédent et jamais
renouvelées, et non pas la répétition de quelque
chose qu'un autre, fût-ce le plus grand de tous, aurait déjà
accompli. C'est une idée qu'exprime Rabbi Zousya peu avant sa mort
:"Dans l'autre monde, on ne me demandera pas :Pourquoi n'as-tu pas
été Moïse?
On me demandera: Pourquoi n'as-tu pas été Zousya?"
Martin Buber
La recherche du sens, non de la vérité..."
Dans sa recherche, l'homme hassidique doute.
Il ne recherche pas la vérité, mais le sens.
La question n'est plus "Comment Dieu a-t-il créé le
monde?" mais "Puisque le texte me dit que Dieu a créé
le monde, quel sens cela a pour moi?"
L'homme hassidique comme "chercheur éternel" a opté
(de manière non définitive, sinon il aurait choisi, une
fois pour toutes et se serait enfermé dans un système) pour
une philosophie de la caresse où il n'y a jamais de prise, d'emprise
de manière définitive.
V- Lecture, Ouverture, Liberté
Le peuple juif n'est pas le "peuple du livre" mais le "peuple
de l'interprétation du livre".
La lecture est l'activité essentielle du juif qui, par elle, se
refuse à tous les déterminismes sémantiques qui le
pré-fabriqueraient dans une certaine détermination d'être.
La lecture est un geste philosophique et aussi un geste politique.
Il n'y a pas un sens vrai du texte qui est révélé
par l'interprétation, mais il y a une interprétation vraie
d'un texte. Et la vérité n'est pas l'adéquation à
quelques pré-significations déjà existantes, mais
elle réside dans l'ouverture à ... Lorsque la lecture dénoue,
délie, et qu'elle ouvre à une autre perspective du monde,
lorsque "interpréter un texte, ce n'est pas lui accoler un
sens, même fondé, mais tenter d'apprécier de quel
pluriel il est fait, de quelle dynamique il est porteur, alors il y a
vérité " !
En Hébreu, le "mensonge" est de l'ordre de l'enfermement
et d'un temps répétitif et piétinant; il est aussi
le "mal dire" qui, glissant vers le "mal à dire",
produit l'aspect pathologique d'une situation. A l'opposé, la "vérité"
est l'ouverture du dire, respiration, souffle, ouvrant vers l'avenir
Ainsi, s'il fallait trouver un mot qui exprime de la manière la
plus adéquate ce que doivent être le commentaire, l'interprétation,
nous proposerions le mot "ouverture": -"il a ouvert et
il a dit"-
Ouverture jusqu'à effacement des lettres, des mots, des phrases
et des livres...
VI- L'infinie caresse du livre: un combat contre
l'idolâtrie
La caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter
ce qui s'échappe sans cesse de sa forme vers un avenir - jamais
assez d'avenir - à solliciter ce qui se dérobe comme s'il
n'était pas encore.
En un mot, la caresse est recherche.
Dans cette recherche, la caresse ne sait pas ce qu'elle cherche. Ce ne
pas savoir, ce désordonné fondamental, est l'essentiel de
cette manière d'être. Le rapport au Texte autorisant la transcendance
des voix du Texte sera donc comme un jeu absolument sans projet ni plan.
L'étude hassidique comme recherche permet véritable-ment
de faire une expérience" par opposition à avoir une
expérience.
"Avoir renvoie à la possession, au connaître, à
l'installation dans la satisfaction, à la confiance que procure
l'acquis; (.) Et en devenant visible, préhensible, le Texte prend
la forme et le statut d'une idole. Son langage devient totalitaire",
"figés dans des significations posées et imposées."
"Il s'agit de faire une expérience avec le Texte. Étudier
ne signifie plus alors savoir à l'avance le résultat de
la recherche", mais s'inscrire dans l'ouverture, s'éveiller...
Avec l'expérience par la caresse, H. Atlan rappelle que dans le
Texte "si l'on veut localiser un centre, une origine des significations,
un dieu donc, qui lui donne son sens, on ne peut l'y trouver que dans
le vide, le vide de langage, le blanc de l'écriture."
"On comprendra alors pourquoi l'étude trouve sa mémoire
graphique dans la lettre Lamed, la seule des 22 lettres de l'alphabet
hébraïque à dépasser la ligne d'écriture,
à transgresser, à s'élancer au-delà du verset.
Lamed , dernière lettre de la Torah."
Une autre forme de caresse divine réside dans l'art, la poésie,
l'humour.
Dans d'autres ouvrages (M-A. Ouaknin rappelle que l'humour permet par
le paradoxe: "d'approcher du noyau de l'indicible. (.)
Plaisanter sur Dieu, c'est un moyen de ne pas dire Dieu, de ne pas l'enfermer,
de ne pas le limiter."
Étude hassidique = combat contre l'idolâtrie
"L'homme hassidique ne dit pas Dieu est, car cette affirmation dogmatique
est idolâtre. Il ne dira pas non plus Dieu n'est pas. Il y a pour
ainsi dire une nécessité d'athéisme pour refuser
le texte-idole. C'est pourquoi, le Texte est insaisissable, imprenable,
et ainsi il ne pourra prendre la forme ou la place d'une idole. Les cabalistes
expliquent que le Texte, la Torah et Dieu ne font qu'un.
En refusant la prise du texte, il y a aussi, du même coup, le refus
de mettre la main sur le divin."
On ne manquera pas de rapprocher cela du tétragramme, de l'imprononçable
nom de Dieu, et du 2ème commandement des Tables de la Loi.
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VIII- L'art et le langage
Continuons à voyager avec Rabbi Nahman de Braslav,
maître des plus précieux pour nous faire découvrir
le paysage hassidique.
La lecture existentielle peut s'articuler avec une dimension esthétique,
avec une certaine vision et compréhension de l'art.
Rabbi Nahman de Braslav insiste constamment sur cette nécessité
de récréation, il n'y aurait d'écoute d'un texte
qu'après l'avoir construit. Il cite pour appuyer cette intuition
un verset des Psaumes dont la formulation surprenante conduit à
une telle interprétation.
Faiseurs de sa parole, pour entendre la voix de sa parole.
Rabbi Nahman commente :
Car les justes sont "héros de la force" c'est-à-dire
qu'ils font et construisent la parole de Dieu, c'est-à-dire "la
langue sainte" par laquelle le monde a été créé...
Car les justes sont de l'ordre des "faiseurs de sa parole",
c'est-à-dire qu'ils fabriquent la parole par laquelle Dieu parle
et crée le monde.
Tout ceci a eu lieu avant la création du monde. Mais même
maintenant, quand les justes veulent écouter une parole de Dieu,
ils font d'abord la parole et la construisent, la fabriquent. C'est-à-dire:
par leurs actions positives, ils atteignent la capacité d'écoute
des paroles divines.
sa parole" car c'est dans cette parole que Dieu leur parle"
Ce texte absolument fondamental met en place une "logique de l'écoute"
profondément révolutionnaire.
Les mots construits par les "faiseurs de paroles"
ne sont pas des outils ou des instruments par lesquels le monde va être
atteint; les mots construits sont des "oeuvres d'art". Le "mot-uvre
d'art" est caractérisé par une "irréductibilité"
au monde.
Rabbi Nahman met l'accent sur la nécessité de ce passage
du "mot-instrument" au "mot-uvre d'art" : invention
de nouveaux signifiants qui ne renvoient pas à des signifiés
déjà existants; recherche d'une parole autre, d'un projet
de monde qui est ouverture.
Le "mot-ouvrant" garde en réserve une multitude de sens.
Il est le lieu du "visible et invisible" (
IX- La Mahloquèt, la parole plurielle
Dans les maisons d'étude, Beth Hamidrach, les étudiants
hassidiques lisent et interprètent avec véhémence
le Talmud. Rares sont les sujets sans controverses. Refus de la synthèse
et du système, le Talmud dit: "Les paroles des uns et les
paroles des autres sont paroles du Dieu-vivant."
Le Mahloquèt nous mène sur le chemin du non conceptuel.
"Le Mahloquèt fait éclater la structure immanente de
la pensée synthétique et réductrice; elle ébranle
la quiétude d'une vérité, vérité une
qui s'endort et s'oublie à force de ne plus être pensée.".
Le Mahloquèt est une dialectique ouverte et transcendante: par
le dialogue, qui n'est pas un simple échange d'idées, mais
des questions-réponses, qui n'évoluent pas au sein d'une
même sphère de pensée.
"Le maître du Talmud, et le penseur hassidique, à un
certain moment de sa recherche, sait qu'il sait; son étude dans
le dialogue ne vise pas à conforter un savoir préalable.
Tout au contraire, il cherche à être ébranlé,
inquiété, mis en échec, débordé."
X- L'énergie du questionnement
"Il existe toutes sortes d'yeux.aussi, il y a en conséquence
toutes sortes de vérités, et en conséquence, il n'y
a aucune vérité." Nietzsche
A cette forme correspond une parole dont la modalité maintient
l'exigence dynamique. Il s'agit de la parole questionnante, de la question.
Ainsi M. Blanchot rappelle que la question est mouvement. la question,
parole inachevée, replace dans le vide l'affirmation pleine.
De l'espace vide nécessaire à la création.
"Pour maintenir la relation paradoxale en jeu dans la Mahloquèt,
la question ne doit pas attendre de réponse: "La réponse
est le malheur de la question." (.)
Répondre serait faire retomber l'être ce qui tendait au-delà.
La réponse supprime l'ouverture."
"La question inaugure un type de relation caractérisé
par l'ouverture et le libre mouvement."
Elle demande une ouverture.
La tradition du Nouveau
La pensée du penseur commence avec l'étonnement. Mais il
ne s'agit donc pas d'"être étonné", mais
précisément de s'"étonner".
L'étonnement hassidique n'est pas une réaction par rapport
au monde, c'est un acte délibéré, volontaire, totale-ment
actif et créatif à la fois. L'origine de cet étonnement
ne se trouve pas dans le monde, mais dans l'homme .
L'étonnement doit porter sur tout ce qui nous entoure; le temps,
l'espace, les choses, les hommes semblables, les animaux, les plantes,
les outils, etc.... et nous-mêmes. Pourquoi ?
"Parce que ce que nous rencontrons "tout d'abord", ce n'est
pas le proche mais toujours l'habituel. Or l'habituel possède en
propre cet effrayant pouvoir de nous déshabituer d'habiter dans
l'essentiel et souvent de façon si décisive qu'il ne nous
laisse plus
L'étonnement et le questionnement "font sortir
l'homme hors du monde fondamental de son accomplissement de vie, hors
de la négligence et de la paresse métaphysique où
il a cessé d'interroger le monde ....".
Bibliographie
Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, est professeur
à l'Université de Jérusalem et il est l'auteur de
nombreux ouvrages dont:
Le Livre brûlé et Lire le Talmud (Edit. Lieu Commun, 1990)
Ouverture Hassidique, (Ed. Jacques Granger, 1990)
La Bible de l'humour juif, (Ed. Ramsay, Tome 1 et 2),
Concerto pour 4 consonnes sans voyelles (Ed. Belland,1991)
Méditations érotiques; Essai sur E.Levinas (Ed. Belland,1992)
Lire aux éclats. Eloge de la caresse (Ed. Seuil-Point 1992)
Les Mystères de l'alphabet (Ed.Assouline, 1997)
Il vient à Paris une fois par mois pour des enseignements ouverts
à tous au centre Aleph, rue Spinoza, 75018 Paris et à la
synagogue libérale, 24, rue Copernic, 75116 Paris.
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