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Swami Prajnanpad
L'art de voir par le maître indien d'Arnaud Desjardins

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Prajnanpad et Psychanlyse

Biographie



SWAMI PRAJNANPAD est né en 1891 dans une famille brahmane, vraisemblablement aisée. Ses parents et son frère aîné meurent alors qu'il n'a que 10 ou 11 ans.
Il a pourtant du recevoir une bonne éducation, est diplômé et enseigne à l'université.
Dans les années 20, il étudie en profondeur les écrits de Freud et entreprend un travail psychanalytique avec ses étudiants.
Ces quelques éléments de sa vie me semblent expliquer la clarté des ses enseignements pour des occidentaux.

Plutôt que d'essayer de décrire cet enseignement, j'ai regroupé quelques passages qui m'ont beaucoup marqué à la lecture de son livre L'Art de Voir, Lettre à ses disciples. Il s'agit d'un choix arbitraire qui vous donnera envie de vous plonger dans l'enseignement remarquable de ce maître.
Lisez ces quelques extraits et faites en vous-même l'expérience.
Tension et Travail
     
La cause première de la tension est le refus.
Elle apparaît quand vous n'êtes pas présent dans votre travail au moment où vous le faites.
Ce qui montre que vous ne le considérez pas comme votre travail, mais comme quelque chose qui vous serait imposé, ou encore quelque chose d'extérieur ou d'étranger.
D'où une division intérieure et la tension qui en résulte et toutes les émotions négatives!
Le seul moyen d'être en paix, c'est de sentir:
"c'est à moi, tout ce que je fais, je le fais selon la situation du moment", et de continuer jusqu'à ce que vous sentiez: "Oui, j'ai fait tout ce que je pouvais faire". Point final !

Ce-qui-est
Le monde extérieur existe, et reste toujours ce qu'il est.
Il n'est la source ou la cause d'aucun malheur, d'aucune contradiction: ce sont "mes valeurs" ou "mes images" illusoires du monde qui sont la cause de toutes mes joies et de toutes mes peines; simplement parce qu'elles créent un autre monde, quelque chose d'autre que le monde extérieur; ou en d'autres termes, elles créent deux, autre chose que ce qui est, engendrant divisions et conflits.
Ce-qui-est s'oppose à Ce-que-vous-voulez-que-ce-soit.

Monde et Mental
Le monde est là dans son unité intrinsèque, comme il est, il est neutre et s'exprime lui-même.
Il ne rend personne esclave.
Seul, le mental essaie de lui donner une autre apparence conforme à sa fantaisie ou à son désir. C'est une fantaisie ou ce désir ou cette manière de penser ou ce système de préférences personnelles qui rendent esclave.

Emotion
Lorsqu'une émotion apparaît,
laissez-là s'exprimer autant que possible,
soyez avec l'émotion, et elle s'épuisera rapidement.
Alors, voyez pourquoi l'émotion est apparue.
Elle est venue simplement parce que vous n'avez pas vu les faits comme ils sont.
Alors essayez de voir quelle était la situation réelle et comment votre mental l'a interprétée.

Illusion
Tous ceux que je considère comme étant à moi sont beaux et gentils, tandis que ceux que je considère comme n'étant pas à moi sont laids et méchants !
Ainsi vous l'avez regardé seulement après l'avoir étiquetté beau ou laid: Qui avez-vous donc vu ?
Vous avez regardé l'étiquette et non pas le garçon.
C'est ainsi qu'oubliant la variété et la diversité
qui caractérisent ce monde aux multiples facettes,
on s'empêtre dans les étiquettes.

Chaque évènement est un Défi et une Chance

Un Défi pour votre petit égoïsme et une Chance de grandir et de vous développer vers la Plénitude, vers votre "Je suis"

Spiritualité
La Spiritualité, c'est seulement un autre nom pour désigner l'indépendance et la liberté sous tous leurs aspects.
Ce n'est rien d'autre qu'une attitude mentale.
Quand le mental est dépendant, il est du domaine matériel. Quand il est indépendant il relève du domaine spirituel!
Ne dépendre que de soi est une autre définition de la Spiritualité.
Comment se libérer de la dépendance vis-à-vis d'autrui?
Essayez de voir, de sentir ce qui est, ne vous attendez pas à trouver les choses comme vous souhaitez qu'elles soient.
C'est ça, la tragédie de la vie !
Qu'est-ce que la réalité et la vérité?
C'est ce qui est; ce que vous voyez et sentez,
et que vous ne voulez pas accepter:
1- Le changement: tout change tout le temps,
un flux partout et toujours.
2- Jamais deux choses ne sont semblables.

Relativité
Quelle est la signification du Relatif ?
Relatif signifie: qui est relié, dépendant, conditionné, dépendant du temps, du lieu, de quand et où.
Une chose particulière n'est vraie qu'à un moment donné, dans un lieu donné, ni ailleurs, ni à un autre moment.
L'ignorance essaie de rendre permanent ce qui est particulier: votre expérience personnelle doit être vraie toujours, partout et pour tout le monde.
Le résultat de cette ignorance: ce sont les conflits et les souffrances.
La perfection , Pas de dépendance. (.)
La Perfection ! Essayez de voir. Aucune comparaison.

Qu'en-dira-t-on
Personne ne peut vous connaître et donc ne peut parler de vous.
Chacun ne fait que penser quelque chose à votre sujet et exprime son opinion sur l'objet de ses pensées, ou plutôt chacun voit la création de son mental et ne vous voit pas. Alors pourquoi être affecté?

Avant tout, acceptez-vous!
Quand vous ne vous acceptez pas et que vous élaborez mentalement une image fausse à la place de votre vrai moi, un conflit surgit entre ce que vous croyez que vous êtes et ce que vous êtes en réalité.
Ce qui produit un sentiment d'infériorité; par l'affirmation positive: "je ne suis pas cela, je suis très fort";
et par l'affirmation négative: "je ne suis rien du tout" ce qui vous conduit à avoir peur.
Tirez-vous gloire à respirer? La seule réponse à cela est simplement de le faire.
Il n'y a pas de place pour la question"pourquoi".
Bien au contraire, vous ne pouvez pas vivre "sans respirer".

Connaissance
Pour connaître, il faut établir un contact profond, intense, intime, un contact total avec l'objet de manière à être un avec cet objet.
En d'autres termes, on doit faire une expérience profonde, intense, intime, totale, et dans cette expérience, il y a des degrés et des niveaux. Il y a des degrés et des niveaux d'expérience et donc nécessairement des degrés et des niveaux de connaissance.(.)
Le processus de connaissance est celui d'une expérience totale, lorsque l'expérience vécue devient complète, fermement établie et donc stable, lorsqu'elle fait partie intégrante de la vie du sujet, imprégnant son corps, ses sentiments et sa pensée.
Et alors la plus petite parcelle, le plus petit élément de cette expérience vécue réveille la totalité de l'expérience qui se trouve de manière latente.
Mais cela n'est possible que pour celui qui agit, qui est en contact avec l'extérieur, pas avec quelqu'un qui réagit, car il faut pouvoir ressentir.
Quelqu'un qui réagit n'est jamais en contact avec la réalité. Comme vous vous sentez rejeté, non-reconnu (!!) partout et toujours, même lorsque vous n'êtes pas le moins du monde rejeté.

Merci

Il y a merci et merci:
un merci exprimé seulement par habitude et par convention, un merci superficiel et sans signification, un merci du bout des lèvres, un merci de la langue, de la gorge, de la tête, un merci de l'émotion, un merci de la surface du coeur, un merci sincère et convaincu et.
un merci expression de la plénitude de l'être, positif, défini, profond, délibéré, venant d'un sentiment profond de plénitude, d'accomplissement, d'unité.
Le merci superficiel est un paiement comptant.
Vous payez immédiatement et vous ne gardez rien.
Vous restez comme vous étiez. C'est un merci égoïste: par ce merci vous ne grandissez pas, vous ne vous développez pas, vous restez vous-même dans un système rigide et étroit.
Mais le merci profond? C'est le signe ou le symbole d'ânanda (la joie), d'un sentiment d'accomplissement, d'une gratitude sincère.

Extraits du livre l'Art de voir,
Lettres à ses disciples, Edit. L'Originel

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Swami Prajnanpad
et la Psychanalyse

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Biographie


Vers 1921/22, Svami Prajnanpad découvre les livres de Freud dans la bibliothèque de l'Université de Bénarès où il enseigne. Cette découverte des écrits de Freud a été fondamentale dans son propre cheminement. Le chaînon manquant entre l'état où il se trouve et celui auquel il aspire. En 1928/9, il encourage un de ses étudiants à rédiger sous sa supervision une thèse mettant en parrallèle les découvertes de la psychanalyse et les enseignements traditionnels indiens. Cette thèse est centrée sur l'aide que la psychanalyse peut apporter au chercheur spirituel pour l'aider à se rendre libre des désirs et émotions, condition même de la délivrance pour Svami Prajnanpad : l'Equilibre stable dans le changement permanent.

Extraits de l'introduction à la thèse
par Svami Prajnanpad

Personne n'est jamais satisfait dans ce monde
L'homme cherche partout une satisfaction qu'il n'arrive à trouver nulle part. Dans cette quête, l'homme cherche un appui à l'extérieur.
Les organes des sens le déçoivent souvent car ils sont dirigés vers l'extérieur. Les Upanishads déclarent:
"Dieu a crée les organes des sens tournés vers l'extérieur. C'est pourquoi l'homme regarde seulement vers l'extérieur mais non en lui-même."
L'homme cherche alors appui dans la société et celle-ci devient la valeur suprême. La société fournit bien des moyens pour obtenir des satisfactions mais elle opprime également. Dans un premier temps, l'homme se satisfait des idéaux proposés par la société (travail, famille, patrie.). Il s'efforce de maîtriser et de dominer le monde extérieur.
L'Occident, qui suit cette idéologie, est impérialiste et dominateur, mais se trouve déçu. Les savants occidentaux se rendent compte qu'ils ne peuvent pas trouver le bonheur dans les objets des sens.
Les savants orientaux, de leur côté, se désintéressent du monde extérieur et tournent leur regard vers l'intérieur. (.) Le mental (mind) occupe une position centrale à la jonction de l'intérieur et de l'extérieur. "Le mental est la cause de l'asservissement et de la délivrance de l'homme."

 


Occident et Orient

.
Les occidentaux n'étudient que l'aspect matériel, l'aspect caché leur fait peur.
"Je n'ai absolument rien contre l'Inde mais elle me fait peur, car elle entraîne mon imagination dans le royaume du sans forme et de l'informe, contre lequel je dois me protéger plus que jamais..." Goethe
Cette méfiance est partagée par Freud qui écrit dans Au-delà du Principe du Plaisir:
"Le résultat peut donner une impression de mysticisme ou de profondeur suspecte, mais nous nous sentons tout à fait innocent d'entretenir ce type de projet."
Pour les Orientaux, la société est un lieu d'expérience. La délivrance est le but de la vie. Pour y arriver l'aversion pour les objets des sens est indispensable.
Cependant l'expérience physique de la jouissance est également nécessaire sans quoi l'aversion nécessaire pour la connaissance de soi ne peut être obtenue. (.)
Aucun des deux n'est complet sans être complété par l'autre.

La psychanalyse permet d'unir les deux points de vue.
L'extinction des désirs conduit à l'extinction du mental. La libération du mental c'est la délivrance. Les désirs dominent le mental. La psychanalyse analyse le processus du mental. Les complexes sont dénoués. Alors, il devient facile de les annihiler à l'aide de l'épée acérée du Vedanta.

But de la psychanalyse
Le but de cette science est de faire ressortir et de révéler les désirs et sentiments inconscients dans le champ de la conscience et d'aider l'individu à trouver la paix. (.)
Déraciner l'inconscient et, par la recherche d'un équilibre approprié entre le Principe de Plaisir et le Principe de Réalité, conduire à l'équilibre toutes les activités mentales, mener au bonheur et à la satisfaction de l'homme.
Pour réaliser cet objectif, cette science cherche à annihiler toute forme de refoulement.

Trois stades de conscience:
anormal, normal, supranormal

     
L'anormal correspond à une souffrance particulière et conditionnée. C'est le stade du refoulement émotionnel, l'état du névrosé, où l'homme est régi, balloté, emporté par ses émotions. (.)
Le normal correspond à une souffrance générale, propre à la condition humaine et vient de l'identification au moi.
Le supranormal est la conscience de l'homme libéré de cette identification.
Un thérapeute s'occupe en premier lieu des anormalités; son travail essentiel est de les résorber pour permettre à l'homme de fonctionner "normalement".
Le travail du maître spirituel porterait sur l'élargissement de la conscience et l'élimination de l'identification au moi.

Svami Prajnanpad et la Psychanalyse
Editions Accarias - L'Originel

SWAMI PRAJNANPAD
Biographie

Naissance en 1891 en Inde près de Calcutta dans une famille brahmane. Ses parents et son frère aîné meurent alors qu'il n'a que 10 ou 11 ans. Il est élevé par son autre frère.
En 1918, il est diplômé de Physique qu'il va enseigner.
En 1925, il prononce ses vœux (sannyâsa), passe quelques mois dans les Himalayas puis retourne enseigner.
En 1921-22, il étudie en profondeur les écrits de Freud dans la bibliothèque de l'Université de Bénarès où il enseigne et entreprend un travail psychanalytique avec ses étudiants.
En 1930, à la mort de son guru, Niralamba Swami, il quitte Bénarès et l'université pour prendre en charge l'ashram Channa, en pleine campagne, au Bengale.
En 1942, il commence à faire des "lyings", technique assez proche de l'expérience psychanalytique: le patient s'allonge sur un petit matelas, en état de complète relaxation, l'inconscient peut commencer à s'exprimer librement. Il améliorera sa technique avec les années pour l'appliquer à la plupart de ses disciples.
Il décède en 1974 des suites d'une crise cardiaque.