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Philippe Starck par lui-même

 

La France a la chance de constituer un terreau fertile pour de nombreux créateurs.
Parmi ceux-là, Philippe Starck se distingue par un remarquable talent à recréer les objets, mais aussi les meubles, les immeubles, et toutes sortes de produits que nous utilisons dans notre vie de tous les jours. Nous avons déjà présenté des extraits d'un catalogue extraordinaire d'objets qu'il avait crée pour La Redoute et avions été touché par ses mots, sa philosophie qui témoignaient de sa grande humanité.
Confirmation avec ces extraits d'entretien sur France 3 avec l'excellent Philippe Labro.

Ethique: Science et conscience?
"Si vous avez l'honneur d'être un peu responsable de l'autre par le fait que cette chance, cette petite maladie qui s'appelle la créativité qui n'est en fait qu'une gymnastique de l'esprit, une sorte de gestion de la concentration,
vous avez des devoirs de respect, devoirs de tendresse, devoirs d'éthique, c'est évident.
Rien sur les armes, le jeu, les alcools, la religion, les pétroliers, et toute personne doit prouver d'où vient l'argent. Cela devient de plus en plus compliqué."

Quel objet porte le plus votre empreinte…?
"C'est l'objet prochain.
C'est le moins cher, le plus accessible à tout le monde.
C'est le plus proche de l'humain.
C'est le riz organique de ma marque OAO."
"Quand la personne mange ce riz sain, je sais que je suis vraiment avec eux: essayez de manger un peu mieux, votre corps ira un peu mieux, et comme votre corps supporte votre cerveau, votre cerveau pourra marcher un peu mieux, vous allez être mieux penser et réfléchir et à la fin vous serez plus capable d'aimer l'autre.
C'est pourquoi j'ai fait aussi les restaurants Chez Bon.
C'est l'expérience directe que l'on peut donner à l'autre."

Processus créatif: à partir du magma
"Dans une 1ère partie, je suis le fermier du magma. C'est à dire que pendant des années, je tourne et retourne, comme les huîtres que je produis dans leurs vases, pendant des dizaines d'années cela est une obsession et à un moment je sens que c'est cuit, que c'est prêt ou on me donne le prétexte pour le faire. Là, en très peu de temps, car l'utopie réduit à la cuisson, il faut jeter les éléments, je passe de ma sieste - rêverie permanente à ma table devant mon lit, toujours la même à travers le monde.
Et là je dessine un hôtel en un jour et demi, une chaise en 15mn, très, très vite car je ne fais que photocopier. Mais c'est tellement tendu que je suis en sueur, cœur, et bras hyper tendu. Mais cela porte sur énormément de choses, comme ma folie est très développée, je passe toute la journée à ma table, seul, avec la musique à fond, n'importe quelle musique, si elle est bonne.
Et à la fin de la journée, je suis complètement défoncé. Je me recouche.
Le lendemain, je ne mange pas et je remets à ma table.
Et au bout d'un moment, j'ai le bras explosé."

Obligation d'aller puiser à l'intérieur de soi
"J'ai très tôt ressenti "l'obligation en se levant tous les matins d'aller puiser à l'intérieur de soi une idée et de la donner à l'autre. Presque religieux. C'était dans mon Dna. C'était une évidence…
je ne sais pas faire autre chose." "Je sais que rêver et l'imprimer."
- Vous avez un regard sur l'époque.
J'observe de très loin, je ne suis pas dans la vrai vie. (…) On vit en dehors de tout…"
"On vit dans des cabanes fermées et (…) on va par des moyens de transport de plus en plus rapide de l'une à l'autre. "
J'écoute les micro-signes…" "Ce que la société dit est mensonge (…) en ajoutant les micro-signes on peut avoir quelque chose de réel…"
"Il faut trouver les signes qui ne mentent pas…"

"Il faut savoir que quoi que vous puissiez voir de moi a nécessairement 5 ans de délai de développement industriel… Plus 10 ou 15 ans de magma [créatif]…"
"On n'a pas réglé le présent, alors pourquoi s'occuper du futur? On est dans un système obsolète, il n'y a rien qui marche…"
"Puisque rien n'existe, donc la seule chose que je voie chaque jour, c'est votre regard."

"Il faut respecter l'autre, il faut l'aimer…"

"On peut se rappeler de deux mots: Amour et humour… C'est presque pareil…
Amour parce que c'est l'indispensable et l'Humour, c'est le plus beau symptôme de l'intelligence humaine. Si on a ces deux choses là, tout va bien !!! "

"J'ai tout fait, tout bu, tout fumé, tout piqué, etc…"
- J'ai tout essayé.
- Et vous n'avez pas eu de mal à vous en sortir?
- Je n'ai pas eu à m'en sortir car je n'y suis jamais rentré… On ne s'accroche que si on a envie de s'accrocher… On peut s'accrocher à n'importe quoi…
- On regarde, on s'intéresse, on est curieux, on voit que cela ne sert à rien et on repart…
- La création sous n'importe quel artifice n'a aucun intérêt, car même s'il y a un petit résultat amusant, ce n'est pas vous. La beauté de la création, c'est de se mettre le matin devant une feuille de papier, et de faire "ouais j'y vais"…
- J'adore le challenge, je suis un combattant pacifiste.

Is God dangerous ?
Vous avez inscrit sur des tee-shirts God is dangerous. Pourquoi?
"Au-delà de Dieu, c'est toute idée de croyance qui est dangereuse.
La croyance, c'est la démission, c'est la lâcheté. Le pauvre homme des cavernes voyait le feu arrivé du ciel, une vague géante et il a eu tellement peur que la seule chose pour ne pas devenir fou, a ouvert une case "la croyance " et tout ce qui me fait trop peur je le met là-bas.
Cette boite s'est consolidée, et on lui a donné le nom de Dieu et ce Dieu est devenu un modèle. Le pauvre sans cerveau c'est dit cette chose est tellement forte (il avait oublié qu'il l'avait crée) cette chose va être mon modèle. Ca va être pendant un court instant un pansement, c'est devenu une mélasse dans lequel l'intelligence, l'amour la modernité, la fabuleuse histoire du progrès, s'est enlisé en permanence par le fait qu'on pense qu'il y a un mec au-dessus de nous qui dirige nos vies, et c'est le destin et Inch Allah! C'est stupide ! Nous sommes Dieu !
Dieu est dangereux et il faut l'éliminer, le tuer, l'oublier, le nier.
Et je ne rentrerai pas dans les phénomènes de religion, la grande coupure, 1200 ans d'obscurantisme où l'on brûlait vifs les savants [qui allaient contre le dogme], 1200 ans. Sachant que le savoir est comme une boule neige permanente, où serait-on aujourd'hui s'il n'y avait pas eu cette religion honteusement égoïste, totalitaire, scandaleux… "

Il faut être auto-responsable: il n'y a pas de pardon.
"Je suis responsable du bien que je fais, et du mal que je fais.
Et je vais être encore plus dur, il ne faut pas pardonner.
- Pourquoi?
- Il n'y a pas de pardon. Parce que le pardon permet tout.
Moi, mes erreurs je les connais, j'en ai honte et j'en aurai honte toute ma vie…"
Elles me pèsent en permanence et je mourrai avec.
Parce que je n'ai pas de pardon moi, je travaille en permanence et cela me fait progresser.
C'est pour cela que je suis avec l'autre, que je fais attention à l'autre,
parce que je sais très bien que si je fais une connerie elle me restera."

Extrait de l'entretien donné par Philippe Stark à Philippe Labro
(Ombres et Lumières, France 3, vendredi 7 Juin 2002: excellente émission à rechercher d'urgence!)

 

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Des objets pour des non-consommateurs

A la lecture du catalogue GoodGooods by Starck avec La Redoute

 

Touche à tout avec un sens inouï de la création, Philippe Stark, l'un des plus fameux designer au monde s'est risqué à pactiser avec la grande distribution: La Redoute, et le résultat est extraordinaire.

D'abord, la couverture de ce nouveau catalogue m'a tapé dans l'oeil: un beau visage de jeune femme, crâne et épaules nus. De beaux yeux bleu métal et un 3ème oeil. Le papier est agréable au toucher, les tons vont du blanc cassé au beige. Puis je l'ai ouvert et de nouveau le même visage avec cette fois-ci des légendes. Pour le haut de la tête, vers le siège du mental: Je suis serein
Très Psy-Spi.

Le titre de l' introduction du designer mais néanmoins humaniste Philippe Starck est déjà
une profession de foi: . . . . Des non-Objets pour des non-consommateurs.


"Un jour, il y a quelques millions d'années, Madame Cromignonne et Monsieur Abominet tombèrent amoureux de leur progéniture. C'était assez nouveau. Madame voulait protéger sa descendance, Monsieur voulait l'améliorer. A eux deux -elle pragmatique, lui théorique et visité - ils inventèrent l'idée naïve du progrès dont l'un des principaux moyens d'expression passa par la création et la production d'outils censés nous apporter une vie meilleure et même du bonheur.(.) L'homme se retrouva bien souvent esclave d'outils crées pour le servir. Si certains rares objets auront l'honnêteté, la rigueur et le respect de leur mission, une pléthore d'autres ne rouleront que pour eux, sans humour, ni amour, ni fantaisie. Adieu, rêves de bonheur. L'âge venant, je me suis dit que j'essaierais bien de corriger une histoire dont j'ai sûrement été moi-même complice. (.)
J'ai tenté de décrire l'équipement du citoyen que j'aimerais avoir comme voisin et ami. Et peut-être, entrevoir à travers celui-ci, la société où j'aimerais voir grandir mes enfants, et les enfants de mes amis.
Vaste, prétentieux et naïf programme.
J'ai donc essayé de trouver, collecter, corriger, ou créer quand il le fallait, des objets honnêtes, responsables, respectueux de la personne.
Des objets pas forcément beaux, mais des objets bons.
Ces objets, je vous les propose aujourd'hui dans ce catalogue que j'aimerais appeler catalogue des "non-produits pour des non-consommateurs". Des non-consommateurs conscients et suspicieux, mais aussi ouverts, créatifs, enthousiastes et finalement à contre-courant, modernes.
J'espère qu'à travers ces objets et les commentaires qui les accompagnent, vous pourrez vous reconnaître comme membre de la tribu libre et inférée des non-consommateurs.

   
 

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Marcel Duchamp

Une rencontre fulgurante avec Duchamp...

 

Henri-Pierre Roché est un l'auteur des Deux anglaises et le continent, de Jules et Jim.
Il est l'ami des grands créateurs de ce début de XXème siècle: d'Apollinaire à Man Ray, de Picabia à Brancusi et Dubuffet.
En Décembre 1916 à Manhattan, lors d'un dîner chez Walter et Louise Arensberg,
ceux-ci lui présentent le jeune artiste Marcel Duchamp qui a un studio chez eux.
Roché est subjugué par le charisme de Duchamp:
"Il m'est apparu avec une auréole, qu'il a toujours conservée pour moi. (…)
Sa présence était une grâce et un cadeau, et il l'ignorait,
bien qu'entouré d'une foule croissante de disciples. Il était là, jeune, alerte, inspiré. (…)
Il créait la légende comme un jeune prophète,
qui n'écrit guère de textes mais dont toutes les bouches répètent les paroles.
Et les anecdotes de sa vie courante deviennent des miracles.
Il était plaisir de vivre et fonctionnement léger."
Henri-Pierre Roché, Ecrits sur l'art, André Dimanche Editeur

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Gérard Garouste

De l'apprentissage du regard

 

J’ai tendance à penser que la banalisation de l’art rend l’œil insensible et que l’esprit, sous l’effet de l’habitude, perd sa curiosité et vit d’idées préconçues. Bien souvent on s’est fait une idée d’une époque ou d’un style et l’on n’a de cesse que de rechercher ce qu’on a déjà vu.
Chaque fois qu’on entre dans un musée, il faudrait se débarrasser d’un vernis qui n’est qu’un entassement d’habitudes visuelles et d’automatismes, oublier, faire le vide pour retrouver la liberté de se laisser surprendre. Voilà comment ce qui est devenu un fait culturel peut garder son originalité et son pouvoir de séduction. Les Français aiment les musées, c’est un fait. Par chance, la France dispose d’un patrimoine immense et d’outils culturels très nombreux qui donnent lieu à des manifestations artistiques non moins nombreuses et variées.Tant mieux.
Mais un danger est à craindre de sollicitations sans cesse renouvelées et de l’accélération du temps qui, dans ce domaine comme dans d’autres, impose de voir vite et mal, de consommer beaucoup et jusqu’à l’écœurement, des écouteurs sur les oreilles répétant dans toutes les langues une information standardisée : en livrant les réponses avant de susciter les questions, n’ont-ils pas pour effet de rendre aveugle et de figer l’esprit ? L’œil s’aiguise-t-il indéfiniment ou s’érode-t-il avec l’habitude ?
Doit-on se réjouir de voir tant de chefs-d’oeuvre si massivement fréquentés ?
Oui, car tout le monde doit avoir accès à l’art. Non, dès lors que l’émotion n’y a plus sa place et qu’une oeuvre de Cézanne ou Tintoret ne suscite rien de plus excitant que ne le ferait une image publicitaire. La rencontre avec une oeuvre est une affaire individuelle et doit garder son caractère extra-ordinaire. Car la consommation entre en contradiction avec la démarche artistique, toujours unique en son genre, et avec sa compréhension.
L’art est un domaine de recherche qui invite au questionnement et le meilleur moyen d’y avoir accès est de garder l’esprit critique. Les apparences, souvent sont à remettre en cause : les objets ne sont pas toujours ce que l’on voit et les images ne sont pas là uniquement pour être regardées, mais pour être interprétées. Elles sont un moyen d’approfondir notre savoir et d’élargir notre conscience.
Extrait d'un article Le Figaro Avril 2004, spécial musée.

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Marcel Proust

A propos de l'imperceptible...

 

Vous me parlez de cet art minutieux, du détail, de l'imperceptible…
Ce que je fais, je l'ignore, mais je sais ce que je veux faire; or, j'omets tout détail, tout fait, je ne m'attache qu'à ce qui me semble (d'après un sens analogue aux pigeons voyageurs qui se dirigent) déceler de quelque loi générale. Or comme cela ne nous est jamais révélé par l'intelligence, que nous devons le pêcher en quelque sorte dans les profondeurs de notre inconscient, c'est en effet imperceptible, parce que c'est éloigné, c'est difficile à percevoir, mais ce n'est nullement un détail minutieux.
Une cime dans les nuages peut cependant, quoique toute petite, être plus haute qu'une usine voisine. Par exemple, c'est une chose imperceptible si vous voulez que cette saveur de thé que je ne reconnais pas d'abord et dans laquelle je retrouve les jardins de Combray.
Mais ce n'est nullement un détail minutieusement observé,
c'est toute une théorie de la mémoire et de la connaissance
(du moins c'est mon ambition)
non promulguée en termes logiques.

Ce qu'il y a de tristes dans les lettres, c'est qu'elles ont l'air de vouloir dire le contraire de ce que l'on pense.

Lettre de Marcel Proust à Louis de Robert, peu avant le 2 juillet 1913
Anthologie de la correspondance de Marcel Proust, Plon éditeur, 35€

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De l'apprentissage du regard

 

J’ai tendance