Une synthèse
du passé et du présent,
de l'Orient et de l'Occident...
Le Yoga Intégral de Sri Aurobindo est souvent décrit comme
une synthèse, comme le précise d'ailleurs le titre de l'un
de ses livres principaux, la Synthèse des Yoga, synthèse donc
entre les trois voies habituellement connues :
- un Karma Yoga, Synthèse des Yoga, Tome I, Le Yoga des Oeuvres
- un Jnana Yoga, Synthèse des Yoga, Tome II, Le Yoga de la Connaissance
et un Bhakti Yoga, Synthèse des Yoga, Tome II, le Yoga de l'Amour
Le Karma Yoga ou Yoga des Oeuvres, décrit dans la Bhagavad Gita,
propose l'accomplissement des Oeuvres (Karma signifie action), mais celles-ci
doivent être désintéressées, sans en attendre
un bénéfice pour soi-même mais comme un don au seigneur
suprême. Le Jnana Yoga, ou Yoga de la Connaissance est une quête
intense vers Cela qui Est afin de se fondre et s'identifier avec lui et
le Bhakti Yoga est la voie de l'Amour de la dévotion à celui
qui Est et consiste à L'invoquer et Lui adresser des louanges.
Habituellement les grands yogis favorisaient une de ces voies. Par exemple
Ramakrishna qui adorait la déesse Kali est un bhakta, comme d'ailleurs
le sont de nombreux mystiques. Son disciple Vivekananda est, lui, un karma
Yogin qui parcourut des continents, dont l'Amérique, pour faire connaître
le yoga. Sri Ramana Maharshi fut un grand jnana yoguin, en quête de
l'identification avec l'Etre Suprême.
Sri Aurobindo montre comment chacune de ces trois voies, si elle est suivie
jusqu'à son parfait accomplissement, inclut les résultats
des deux autres. De plus, le yoga de Sri Aurobindo va au-delà des
yogas classiques.
Historiquement, le yoga intégral de Sri Aurobindo réunit les
différents courants de la philosophie indienne. On y retrouve les
éléments des Védas, des Oupanishads, de la Guitâ.
Et dans ce sens on peut dire effectivement que Sri Aurobindo, qui a reçu
une éducation toute occidentale et puisé aux sources les plus
anciennes de la tradition indienne, représente une vaste synthèse
du passé et du présent, de l'Orient et de l'Occident.
Une nouvelle approche
Cependant, il faut admettre que Sri Aurobindo va bien au-delà d'une
telle synthèse puisqu'il élabore la nouvelle étape
de notre évolution. N'oublions pas justement le tome III de la
Synthèse des Yoga, le Purna Yoga, Yoga de la Perfection de Soi,
qui décrit le chemin, le processus qui nous conduit vers le Supramental,
ce prochain stade de l'humanité où la Vie Divine se manifestera
sur la terre dans un corps humain transformé.
Ce supramental n'est pas un élément nouveau. 6 000 à
8 000 ans plus tôt, les Rishis Védiques furent les premiers,
sans doute, à entrevoir ce qu'ils appelaient "le grand passage"
Mahas pathah (II.24.6) Swar, au fond du roc de l'Inconscient : Nos
pères, par leur Mantra, brisèrent les places fortes et réfractaires
; par leur cri, les voyants Angiras (les premiers Rishis) mirent en pièces
le roc de la Montagne ; ils firent en nous un passage vers le Grand Ciel,
ils découvrirent le Jour et le Monde solaire (Rig-Véda I.71.2)
; ils découvrirent "le soleil qui demeure dans l'obscurité"
(III.39.5). Ils trouvèrent le Trésor du ciel caché
dans la caverne secrète, comme le petit de l'oiseau - ce trésor
dans le roc infini (I.130.3).
Cependant, les Rishis Védiques n'ont pas pu débloquer la
voie et ouvrir le "grand passage" pour tout le monde en transformant
leur réalisation personnelle en une réalisation collective
permanente. Peut-être le moment n'était-il pas venu ?
En 1910, Sri Aurobindo découvre dans le texte original des écrits
védiques:
Une veine continue de l'or le plus riche, tant par
la pensée que par l'expérience spirituelle... Je m'aperçus
que les mantras védiques illuminaient d'une lumière claire
et précise certaines expériences spirituelles que j'avais
eues et pour lesquelles je n'avais trouvé aucune explication satisfaisante,
ni dans la psychologie européenne, ni dans les écoles de
yoga, ni dans l'enseignement du Védanta.
Nous sommes devant la plus ancienne tradition du monde, intacte. Que Sri
Aurobindo ait retrouvé le Secret du début de notre cycle
humain n'est pas dépourvu de signification. Mais désormais
Sri Aurobindo n'allait pas seulement travailler à une réalisation
individuelle, tels les Rishis, mais à une réalisation collective,
en des conditions qui ne sont plus celles des bergers préhistoriques.
Nous voulons, dit-il, faire descendre le Supramental ici-bas, comme faculté
nouvelle. Nous voulons créer une espèce
où le Supramental sera un état de conscience permanent tout
comme le mental maintenant est un état de conscience permanent
parmi les hommes.
Le Supramental
Mais qu'est-ce que le Supramental ?
Il est bien difficile de le décrire en termes mentaux dit Satprem
dans son livre " Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience ",
car la conscience supramentale est non-mentale par définition et
échappe à toutes nos lois et perspectives tridimensionnelles.
Peut-être est-ce le mot qui nous trompe ; il ne s'agit pas d'un
sommet de la conscience humaine, mais d'une autre conscience et pour ne
pas tomber dans la trappe mentale, il faudrait une autre langue : "another
language".
Disons en quelques mots que la conscience supramentale est gnose, une
vision totale, intégrale, globale, une vision sphérique
comme disait Mère, qui se situe au-delà du mental. Notre
raison, dont nous sommes si fiers, notre logique appartiennent au domaine
du mental. Le mental, lui, analyse, coupe, dissèque, subdivise.
La conscience supramentale est au-dessus des oppositions car elle comprend
tous les éléments.
Elle EST Conscience-de-Vérité (Vijnana dans la tradition
indienne).
Et puisqu'elle est, c'est en même temps un Pouvoir tout-puissant.
Le Yoga de Sri Aurobindo est différent des Yogas traditionnels
en ce sens que la conscience supramentale ne se situe pas seulement "au-dessus"
de la conscience mentale habituelle, mais au-dedans, au plus profond de
la Matière :
Tout au fond de l'inconscience la plus dure, la plus rigide, la plus étroite,
la plus suffocante, j'ai touché un ressort tout-puissant qui m'a
projetée d'un seul coup dans une immensité sans forme et
sans limite où vibraient les semences du monde nouveau (Mère).
Or, jusqu'ici les traditions spiritualistes avaient généralement
considéré le corps "comme un obstacle incapable de
spiritualisation et de transmutation", car la terre était
symbole de l'ignorance et la vie terrestre n'était qu'une préparation
au salut ou paradis, ou "kaivalya" (libération). Le but
était de sortir de la manifestation -par le haut- ; une réalisation
spirituelle débouchait ainsi sur des étendues de silence,
de vaste blancheur des plus hauts niveaux de la conscience suprême
; mais elle laissait le corps et la terre tels qu'ils étaient.
Le Yoga Intégral : Buts et Moyens
Or, une montée de la conscience vers le Supramental s'accompagne
automatiquement d'une descente :
Le but de ce yoga ne vise donc pas à nous faire sortir du monde
et de la vie pour nous conduire au ciel ou au nirvana. Ce yoga se propose
une transformation de la vie et de l'existence, non pas incidemment ou
à titre subordonné, mais comme but central et distinct.
Ici la montée est le premier pas, elle est le moyen pour amener
la descente...
Ici le but est le divin accomplissement de la vie.
D'autre part, le but recherché n'est pas le salut individuel mais
une réalisation terrestre, un accomplissement cosmique, la prochaine
étape de l'évolution de l'humanité.
C'est toute la mutation de notre espèce qui est en train de se
faire. C'est dans ce sens que l'on a pu parler d'un yoga de la "descente"
et d'un "yoga collectif".
Par voie de conséquence, les moyens pour atteindre ces buts vont
également être différents des moyens habituellement
utilisés. Contrairement à la tradition tantrique, nous ne
recherchons pas à faire monter la "Kundalini". Ce seront
les centres du haut qui généralement s'ouvriront les premiers.
C'est la "shakti" supramentale qui fera le travail, notre rôle
se bornant à "laisser faire". Pour cela, un complet abandon,
"surrender" est demandé au "sadhak" (chercheur)
du yoga intégral. Au lieu de s'agripper tel un petit singe au ventre
de sa mère, il se laissera porter tel un petit chat par la Shakti
divine. Cet abandon ne doit pas être confondu avec un laisser-aller
passif qui tendrait vers la paresse. De gros efforts sont demandés
et, avant toute chose, une recherche de sincérité totale.
C'est elle qui nous maintiendra dans l'attitude juste et alors une opiniâtreté
et une persévérance à toute épreuve seront
exigées.
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Dépassement de l'ego, Découverte
de l'être psychique
Mais le plus difficile, pourtant, la pierre d'achoppement de ce yoga réside
dans la séparation que nous devrons faire d'avec notre ego.
Quand nous avons dépassé l'individualisation, alors, nous
sommes des Personnes réelles. L'ego fut une aide, l'ego est l'entrave,
dit Sri Aurobindo.
Dans l'explication du monde selon les traditions, l'ego, ahamkara, apparaît
dans la manifestation et permet à celle-ci de se singulariser.
Avant l'apparition de l'ego, il n'y a pas la sensation d'être une
entité séparée, pas de barrières, pas de limites,
tout communique, mais aussi pas de conscience d'exister. La plupart des
animaux, par exemple, n'ont pas cette conscience d'une personnalité
séparée. Dans l'évolution, c'est l'homme qui a développé
cette faculté qui est liée au domaine de "manas"
(le "je" apparaît avec le langage).
C'est cela, dit Mère, le symbole du Paradis
Terrestre et de l'arbre de la Connaissance : en mordant au fruit de la
Connaissance, on perd la spontanéité du mouvement et on
commence à objectiver, à apprendre, à discuter.
Alors dès qu'ils eurent mangé, ils furent plein de péchés.
Je dis : chaque fruit devrait être mangé à sa manière,
l'être qui vit selon sa nature propre, sa vérité propre,
doit trouver spontanément la manière de se servir des choses.
Quand on vit selon la vérité de son être, on n'a pas
besoin d'apprendre les choses : on les fait spontanément selon
la loi intérieure.
Quand on suit sincèrement sa nature, spontanément et sincèrement
on est divin.
Dès que l'on pense et que l'on se voit faire et que l'on commence
à discuter, on est plein de péchés".
Les voies traditionnelles ont insisté sur le dépassement
de l'ego qui nous maintient dans l'ignorance mais cela aboutissait généralement
à un rejet des plans dits inférieurs de notre nature vitale
et physique.
Ici, Sri Aurobindo et Mère ont particulièrement développé
une notion, évoquée d'habitude en filigrane, mais qui prend
dans ce yoga un rôle de premier plan pour permettre de dépasser
l'ego sans annihiler la manifestation dans la vie physique ordinaire.
C'est l'Etre Psychique qui se développe autour de l'étincelle
divine Antaratman manifestée dans notre corps et qui est le reflet
de notre être central, cette âme éternelle individuelle
Jivatman, bien connue de la tradition yoguique. L'être psychique
Chaïtya-Pourousha c'est notre Personne réelle manifestée,
en deçà de la "personnalité de surface"
qui a été constituée par notre ego - ego mental,
ego vital, ego psychique lorsqu'il vient en avant. C'est une flamme qui
brûle ou bien une porte qui s'ouvre au centre de la poitrine, derrière
Anahata, chakra des émotions supérieures. Au début,
notre être psychique se tient en arrière et n'intervient
pas. Il ne se manifeste que dans les grands moments de joie pure, d'harmonie,
de vérité, mais au fur et à mesure de notre évolution
spirituelle, le voile qui le sépare de notre vie active s'amincit
et le psychique s'ouvre et vient en avant. Finalement, c'est lui qui prendra
le relais de l'ego, des désirs qui jusqu'alors étaient les
moteurs apparents de notre progrès. C'étaient eux qui nous
poussaient de l'avant et à ce titre, ils avaient été
bien utiles. Mais maintenant, leurs limites nous étouffent. Nous
sommes enfermés dans le cocon protecteur et séparateur qui
doit éclater. Progressivement l'être psychique va remplacer
l'ego. C'est lui qui prendra les directives et dirigera toute notre vie
vers l'union avec le divin. Et puisque ce grand mot de divin est lancé
et pour ne pas "effrayer" ceux qui pourraient réagir
devant ce vocable, voici la définition qu'en donnait Mère
:
Pour ceux qui ont peur d'un mot, nous appelons "divin"
:
- toute la connaissance qu'il nous faut acquérir,
- toute la puissance qu'il nous faut obtenir,
- tout l'amour qu'il nous faut devenir,
- toute la perfection qu'il nous faut atteindre,
- tout l'équilibre harmonieux et progressif qu'il nous faut manifester,
dans la lumière et la joie,
- toutes les splendeurs inconnues et nouvelles qu'il faut réaliser.
Le yoga intégral accorde une large place à la "voie
du coeur", plus simple, plus humble, mais combien plus directe, car
alors l'être psychique intervient très rapidement. Il nous
permet de court-circuiter l'ego - l'ego mental surtout - cet ego qui avait
présidé à la formation de notre personnalité,
qui était devenu le maître, qui est prôné, adulé
par toute notre éducation occidentale et par la plupart des courants
de pensée actuels, particulièrement par la psychanalyse
et par tout le système économique et sociologique dans lequel
nous vivons. Cet ego n'est pas prêt d'abandonner sa place et de
se soumettre au divin. Et c'est pourtant cela qui doit se faire, car tant
qu'il est présent, on ne peut être totalement sincère.
C'est ainsi que l'on peut dire que le yoga intégral exige à
la fois la plus grande obstination et le plus parfait détachement.
Et c'est vraiment dans le microscopique de chaque seconde que le travail
sur chaque être va se faire, tant dans la vie consciente éveillée
que dans le sommeil profond et les rêves qui révèlent
et déterminent notre vie intérieure.
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La Conscience et le Sommeil
Ce serait une erreur de croire que :
"je suis conscient" signifie uniquement
"je pense donc je suis" ou même
"je prends connaissance de cette sensation, je la distingue".
Dans les deux cas, il s'agit d'un cas particulier qui correspond à
la conscience mentale, lucide, éveillée - celle que nous
rencontrons le plus fréquemment dans la vie courante car il y a
un retour sur soi, quelque chose qui dit "je"', qui passe automatiquement
à travers la conscience mentale.
La conscience mentale, dit Sri Aurobindo, n'est
qu'une gamme humaine et elle n'épuise pas plus toutes les gammes
de consciences possibles que la vue humaine n'épuise toutes les
gradations de couleur ou l'ouïe humaine, toutes les gradations du
son, car il y a une quantité de choses au-dessus ou au-dessous
qui sont invisibles pour l'homme et inaudibles. De même, il y a
des gammes de conscience, au-dessus et au-dessous de la gamme humaine,
avec lesquelles l'être humain normal n'a pas de contact et qui,
de ce fait, lui semblent "inconscientes". - Des gammes
supramentales ou surmentales et des gammes submentales...
En fait, ce que nous appelons "inconscience" est simplement
une autre conscience. Nous ne sommes pas plus inconscients quand nous
sommes endormis ou assommés ou drogués, ou "morts",
ou dans n'importe quel autre état, que quand nous sommes plongés
dans une pensée intérieure et que nous avons oublié
notre moi physique et tout ce qui nous entoure. Pour quiconque a tant
soit peu avancé sur le chemin du yoga, c'est là une proposition
tout à fait élémentaire.
En effet, lorsque nous nous identifions avec l'objet, il n'y a plus de
"je" pour dire "je suis conscient". Et Sri Aurobindo
ajoute : A mesure que nous progressons et que nous nous éveillons
à l'âme en nous et dans les choses, nous réalisons
qu'il y a une conscience aussi dans la plante, dans le métal, dans
l'atome, dans l'électricité, dans tout ce qui appartient
à la nature physique ; nous découvrons même que ce
n'est pas, à tous égards, un mode de conscience inférieur
ou plus limité que le mental ; au contraire, dans beaucoup de formes
"inanimées" la conscience est plus intense, plus rapide,
plus aiguë, bien que moins développée en surface.
Il s'ensuit donc que la conscience n'est pas forcément et indissolublement
liée au cerveau, aux sens, au corps humain.
Cette indépendance, écrit Sri Aurobindo, finit par devenir
tellement normale pour l'être tout entier, que nous en viendrons
à sentir ce corps comme quelque chose d'extérieur et de
détachable, tel le costume que l'on porte, ou l'instrument que
l'on tient, par hasard, à la main. Il se peut même que nous
finissions par sentir que le corps est inexistant, en un sens, ou qu'il
n'a d'existence que comme une sorte d'expression partielle de notre force
vitale et de notre mentalité. Ces expériences sont le signe
que le mental arrive à une position correcte vis-à-vis du
corps et qu'il change son point de vue faux de mentalité obsédée
et capturée par les sensations physiques, pour le point de vue
de la vraie vérité des choses.
Ceci signifierait qu'il puisse y avoir pensée en dehors du cerveau,
vie en dehors du corps, etc. Mais sans aller jusqu'à ces extrémités,
nous pouvons fort bien envisager que dans le sommeil, c'est le physique
qui dort.
Les petits "je" de la personnalité
frontale, dit Satprem, sont moins encombrants et moins étroitement
absorbés dans leur préoccupations superficielles ; d'immenses
domaines s'étendent par derrière : un Mental Universel,
un Vital Universel, un Physique Subtil derrière cette pellicule
physique. Le principe général est que nous irons au moment
du sommeil, par affinité, dans les lieux où les plans avec
lesquels nous avons déjà établi un lien. Si la conscience
n'est pas encore individualisée, elle retombe dans le subconscient,
à son passé évolutif qui pourra lui envoyer toutes
sortes d'images chaotiques, souvenirs, impressions, à moins qu'elle
ne continue, d'une façon plus ou moins déréglée,
ses activités habituelles de veille... puis elle coulera dans un
passé plus lointain végétatif ou larvaire qui sera
son sommeil proprement dit comme celui des plantes ou des animaux.
A mesure que progresse la vie intérieure, nous passons du sommeil
animal à un sommeil conscient, ou sommeil d'expérience.
Alors, selon les cas ou les degrés "depuis les rares éclairs
spasmodiques sur tel ou tel plan, jusqu'à la vision continue maîtresse
d'elle-même qui peut aller à volonté où bon
lui semble" nous commençons à prendre conscience des
"mondes immenses, innombrables qui pénètrent et enveloppent
et surplombent notre petite planète terrestre et qui déterminent
sa destinée et la nôtre".
Notre travail consistera à nous souvenir de notre sommeil pour
"établir des ponts" entre la conscience de veille et
l'activité de la nuit.
En principe, un être suffisamment développé parcourera
toute la gamme des plans de conscience dans son sommeil et il ira jusqu'à
la Lumière suprême de l'Esprit - Sat - Chit - Ananda - inconsciemment
le plus souvent et ces quelques minutes-là seront son vrai sommeil,
le vrai repos dans la détente absolue de la Joie et de la lumière.
Sri Aurobindo disait que la vraie raison d'être du sommeil est de
rejoindre spontanément la Source et de s'y retremper. De là,
nous redescendrons lentement à travers tous les plans, Mental,
Vital Physique subtil et Subconscient (le dernier dont nous nous souvenons
le plus aisément), et chaque partie de notre être y aura
des expériences correspondantes.
Ces rêves d'expérience sont facilement reconnaissables par
l'intensité et la réalité de leur contenu ; ils laissent
une impression profonde et un souvenir plus vivant que nos expériences
terrestres. On peut les situer d'une manière très sûre,
d'après la qualité de lumière dans laquelle ils ont
vécus :
... et il y a toute la gamme, depuis les tons sales du sub-conscient,
gris marrons et noirs ; les teintes vibrantes du Physique Subtil ; les
couleurs éclatantes du Vital qui ont toujours une nuance artificielle
et clinquante, un peu dure, jusqu'aux lumières du Mental qui deviennent
de plus en plus puissantes et pures, à mesure que l'on monte vers
l'Origine, à partir du Surmental, il y a une différence
radicale de vision : les objets, les êtres ou les choses que l'on
voit, ne semblent plus éclairés du dehors ; ils sont lumineux
en soi.
Puis arrive un moment où notre sommeil devient Sommeil d'Action.
Celui-là restait passif : nous en avions conscience, mais nous
assistions impuissants aux événements qui se déroulaient
autour de nous et même à propos de nous. Puis vient un moment
où les frontières deviennent plus mobiles entre nos activités
de jour et de nuit, entre la soi-disant réalité objective
et les plans plus subtils qui bordent notre monde. C'est alors que peuvent
apparaître les rêves prémonitoires qui montrent bien
que ce qui se passe ici existait déjà quelque part avant
de se produire. On peut ainsi éviter un accident, dénouer
un situation, etc.
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Toute la Vie est un Yoga, avait écrit Sri Aurobindo, et
il nous invite, avec Mère, à grandir en conscience, à
devenir conscients à tous les niveaux de l'existence, car la conscience
est un pouvoir et c'est elle qui peut transformer la vie. L'aventure est
devant nous, comme l'écrivait Satprem dans " Sri Aurobindo
ou l'Aventure de la Conscience " car en l'état actuel :
Même si nous allons jusqu'à la septième
galaxie, nous irons là casqués et mécanisés,
et nous nous retrouverons tels que nous sommes : des enfants devant la
mort, des vivants qui ne savent pas très bien comment ils vivent
ni pourquoi ni où ils vont... Nous sommes donc mis au pied du mur,
devant le dernier terrain qu'il nous reste à explorer, l'ultime
aventure : nous-mêmes.
Par Micheine Etévenon
Secrétaire Générale
de
L'Institut de Recherches Evolutives IRE
142, Bld Montparnasse 75014
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