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SRI AUROBINDO (1872-1950)
Yoga Intégral et Conscience supramentale

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Une synthèse du passé et du présent,
de l'Orient et de l'Occident...

    
Le Yoga Intégral de Sri Aurobindo est souvent décrit comme une synthèse, comme le précise d'ailleurs le titre de l'un de ses livres principaux, la Synthèse des Yoga, synthèse donc entre les trois voies habituellement connues :
- un Karma Yoga, Synthèse des Yoga, Tome I, Le Yoga des Oeuvres
- un Jnana Yoga, Synthèse des Yoga, Tome II, Le Yoga de la Connaissance
et un Bhakti Yoga, Synthèse des Yoga, Tome II, le Yoga de l'Amour
Le Karma Yoga ou Yoga des Oeuvres, décrit dans la Bhagavad Gita, propose l'accomplissement des Oeuvres (Karma signifie action), mais celles-ci doivent être désintéressées, sans en attendre un bénéfice pour soi-même mais comme un don au seigneur suprême. Le Jnana Yoga, ou Yoga de la Connaissance est une quête intense vers Cela qui Est afin de se fondre et s'identifier avec lui et le Bhakti Yoga est la voie de l'Amour de la dévotion à celui qui Est et consiste à L'invoquer et Lui adresser des louanges.
Habituellement les grands yogis favorisaient une de ces voies. Par exemple Ramakrishna qui adorait la déesse Kali est un bhakta, comme d'ailleurs le sont de nombreux mystiques. Son disciple Vivekananda est, lui, un karma Yogin qui parcourut des continents, dont l'Amérique, pour faire connaître le yoga. Sri Ramana Maharshi fut un grand jnana yoguin, en quête de l'identification avec l'Etre Suprême.
Sri Aurobindo montre comment chacune de ces trois voies, si elle est suivie jusqu'à son parfait accomplissement, inclut les résultats des deux autres. De plus, le yoga de Sri Aurobindo va au-delà des yogas classiques.
Historiquement, le yoga intégral de Sri Aurobindo réunit les différents courants de la philosophie indienne. On y retrouve les éléments des Védas, des Oupanishads, de la Guitâ.
Et dans ce sens on peut dire effectivement que Sri Aurobindo, qui a reçu une éducation toute occidentale et puisé aux sources les plus anciennes de la tradition indienne, représente une vaste synthèse du passé et du présent, de l'Orient et de l'Occident.

Une nouvelle approche
Cependant, il faut admettre que Sri Aurobindo va bien au-delà d'une telle synthèse puisqu'il élabore la nouvelle étape de notre évolution. N'oublions pas justement le tome III de la Synthèse des Yoga, le Purna Yoga, Yoga de la Perfection de Soi, qui décrit le chemin, le processus qui nous conduit vers le Supramental, ce prochain stade de l'humanité où la Vie Divine se manifestera sur la terre dans un corps humain transformé.
Ce supramental n'est pas un élément nouveau. 6 000 à 8 000 ans plus tôt, les Rishis Védiques furent les premiers, sans doute, à entrevoir ce qu'ils appelaient "le grand passage" Mahas pathah (II.24.6) Swar, au fond du roc de l'Inconscient : Nos pères, par leur Mantra, brisèrent les places fortes et réfractaires ; par leur cri, les voyants Angiras (les premiers Rishis) mirent en pièces le roc de la Montagne ; ils firent en nous un passage vers le Grand Ciel, ils découvrirent le Jour et le Monde solaire (Rig-Véda I.71.2) ; ils découvrirent "le soleil qui demeure dans l'obscurité" (III.39.5). Ils trouvèrent le Trésor du ciel caché dans la caverne secrète, comme le petit de l'oiseau - ce trésor dans le roc infini (I.130.3).
Cependant, les Rishis Védiques n'ont pas pu débloquer la voie et ouvrir le "grand passage" pour tout le monde en transformant leur réalisation personnelle en une réalisation collective permanente. Peut-être le moment n'était-il pas venu ?
En 1910, Sri Aurobindo découvre dans le texte original des écrits védiques:
Une veine continue de l'or le plus riche, tant par la pensée que par l'expérience spirituelle... Je m'aperçus que les mantras védiques illuminaient d'une lumière claire et précise certaines expériences spirituelles que j'avais eues et pour lesquelles je n'avais trouvé aucune explication satisfaisante, ni dans la psychologie européenne, ni dans les écoles de yoga, ni dans l'enseignement du Védanta.
Nous sommes devant la plus ancienne tradition du monde, intacte. Que Sri Aurobindo ait retrouvé le Secret du début de notre cycle humain n'est pas dépourvu de signification. Mais désormais Sri Aurobindo n'allait pas seulement travailler à une réalisation individuelle, tels les Rishis, mais à une réalisation collective, en des conditions qui ne sont plus celles des bergers préhistoriques.
Nous voulons, dit-il, faire descendre le Supramental ici-bas, comme faculté nouvelle. Nous voulons créer une espèce où le Supramental sera un état de conscience permanent tout comme le mental maintenant est un état de conscience permanent parmi les hommes.

Le Supramental
Mais qu'est-ce que le Supramental ?
Il est bien difficile de le décrire en termes mentaux dit Satprem dans son livre " Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience ", car la conscience supramentale est non-mentale par définition et échappe à toutes nos lois et perspectives tridimensionnelles. Peut-être est-ce le mot qui nous trompe ; il ne s'agit pas d'un sommet de la conscience humaine, mais d'une autre conscience et pour ne pas tomber dans la trappe mentale, il faudrait une autre langue : "another language".
Disons en quelques mots que la conscience supramentale est gnose, une vision totale, intégrale, globale, une vision sphérique comme disait Mère, qui se situe au-delà du mental. Notre raison, dont nous sommes si fiers, notre logique appartiennent au domaine du mental. Le mental, lui, analyse, coupe, dissèque, subdivise. La conscience supramentale est au-dessus des oppositions car elle comprend tous les éléments.
Elle EST Conscience-de-Vérité (Vijnana dans la tradition indienne).
Et puisqu'elle est, c'est en même temps un Pouvoir tout-puissant.
Le Yoga de Sri Aurobindo est différent des Yogas traditionnels en ce sens que la conscience supramentale ne se situe pas seulement "au-dessus" de la conscience mentale habituelle, mais au-dedans, au plus profond de la Matière :
Tout au fond de l'inconscience la plus dure, la plus rigide, la plus étroite, la plus suffocante, j'ai touché un ressort tout-puissant qui m'a projetée d'un seul coup dans une immensité sans forme et sans limite où vibraient les semences du monde nouveau (Mère).
Or, jusqu'ici les traditions spiritualistes avaient généralement considéré le corps "comme un obstacle incapable de spiritualisation et de transmutation", car la terre était symbole de l'ignorance et la vie terrestre n'était qu'une préparation au salut ou paradis, ou "kaivalya" (libération). Le but était de sortir de la manifestation -par le haut- ; une réalisation spirituelle débouchait ainsi sur des étendues de silence, de vaste blancheur des plus hauts niveaux de la conscience suprême ; mais elle laissait le corps et la terre tels qu'ils étaient.

Le Yoga Intégral : Buts et Moyens
Or, une montée de la conscience vers le Supramental s'accompagne automatiquement d'une descente :
Le but de ce yoga ne vise donc pas à nous faire sortir du monde et de la vie pour nous conduire au ciel ou au nirvana. Ce yoga se propose une transformation de la vie et de l'existence, non pas incidemment ou à titre subordonné, mais comme but central et distinct.
Ici la montée est le premier pas, elle est le moyen pour amener la descente...
Ici le but est le divin accomplissement de la vie.
D'autre part, le but recherché n'est pas le salut individuel mais une réalisation terrestre, un accomplissement cosmique, la prochaine étape de l'évolution de l'humanité.
C'est toute la mutation de notre espèce qui est en train de se faire. C'est dans ce sens que l'on a pu parler d'un yoga de la "descente" et d'un "yoga collectif".
Par voie de conséquence, les moyens pour atteindre ces buts vont également être différents des moyens habituellement utilisés. Contrairement à la tradition tantrique, nous ne recherchons pas à faire monter la "Kundalini". Ce seront les centres du haut qui généralement s'ouvriront les premiers. C'est la "shakti" supramentale qui fera le travail, notre rôle se bornant à "laisser faire". Pour cela, un complet abandon, "surrender" est demandé au "sadhak" (chercheur) du yoga intégral. Au lieu de s'agripper tel un petit singe au ventre de sa mère, il se laissera porter tel un petit chat par la Shakti divine. Cet abandon ne doit pas être confondu avec un laisser-aller passif qui tendrait vers la paresse. De gros efforts sont demandés et, avant toute chose, une recherche de sincérité totale. C'est elle qui nous maintiendra dans l'attitude juste et alors une opiniâtreté et une persévérance à toute épreuve seront exigées.

Dépassement de l'ego, Découverte de l'être psychique

Mais le plus difficile, pourtant, la pierre d'achoppement de ce yoga réside dans la séparation que nous devrons faire d'avec notre ego.
Quand nous avons dépassé l'individualisation, alors, nous sommes des Personnes réelles. L'ego fut une aide, l'ego est l'entrave, dit Sri Aurobindo.
Dans l'explication du monde selon les traditions, l'ego, ahamkara, apparaît dans la manifestation et permet à celle-ci de se singulariser. Avant l'apparition de l'ego, il n'y a pas la sensation d'être une entité séparée, pas de barrières, pas de limites, tout communique, mais aussi pas de conscience d'exister. La plupart des animaux, par exemple, n'ont pas cette conscience d'une personnalité séparée. Dans l'évolution, c'est l'homme qui a développé cette faculté qui est liée au domaine de "manas" (le "je" apparaît avec le langage).
C'est cela, dit Mère, le symbole du Paradis Terrestre et de l'arbre de la Connaissance : en mordant au fruit de la Connaissance, on perd la spontanéité du mouvement et on commence à objectiver, à apprendre, à discuter.
Alors dès qu'ils eurent mangé, ils furent plein de péchés.
Je dis : chaque fruit devrait être mangé à sa manière, l'être qui vit selon sa nature propre, sa vérité propre, doit trouver spontanément la manière de se servir des choses. Quand on vit selon la vérité de son être, on n'a pas besoin d'apprendre les choses : on les fait spontanément selon la loi intérieure.
Quand on suit sincèrement sa nature, spontanément et sincèrement on est divin.
Dès que l'on pense et que l'on se voit faire et que l'on commence à discuter, on est plein de péchés".

Les voies traditionnelles ont insisté sur le dépassement de l'ego qui nous maintient dans l'ignorance mais cela aboutissait généralement à un rejet des plans dits inférieurs de notre nature vitale et physique.
Ici, Sri Aurobindo et Mère ont particulièrement développé une notion, évoquée d'habitude en filigrane, mais qui prend dans ce yoga un rôle de premier plan pour permettre de dépasser l'ego sans annihiler la manifestation dans la vie physique ordinaire.
C'est l'Etre Psychique qui se développe autour de l'étincelle divine Antaratman manifestée dans notre corps et qui est le reflet de notre être central, cette âme éternelle individuelle Jivatman, bien connue de la tradition yoguique. L'être psychique Chaïtya-Pourousha c'est notre Personne réelle manifestée, en deçà de la "personnalité de surface" qui a été constituée par notre ego - ego mental, ego vital, ego psychique lorsqu'il vient en avant. C'est une flamme qui brûle ou bien une porte qui s'ouvre au centre de la poitrine, derrière Anahata, chakra des émotions supérieures. Au début, notre être psychique se tient en arrière et n'intervient pas. Il ne se manifeste que dans les grands moments de joie pure, d'harmonie, de vérité, mais au fur et à mesure de notre évolution spirituelle, le voile qui le sépare de notre vie active s'amincit et le psychique s'ouvre et vient en avant. Finalement, c'est lui qui prendra le relais de l'ego, des désirs qui jusqu'alors étaient les moteurs apparents de notre progrès. C'étaient eux qui nous poussaient de l'avant et à ce titre, ils avaient été bien utiles. Mais maintenant, leurs limites nous étouffent. Nous sommes enfermés dans le cocon protecteur et séparateur qui doit éclater. Progressivement l'être psychique va remplacer l'ego. C'est lui qui prendra les directives et dirigera toute notre vie vers l'union avec le divin. Et puisque ce grand mot de divin est lancé et pour ne pas "effrayer" ceux qui pourraient réagir devant ce vocable, voici la définition qu'en donnait Mère :
Pour ceux qui ont peur d'un mot, nous appelons "divin" :
- toute la connaissance qu'il nous faut acquérir,
- toute la puissance qu'il nous faut obtenir,
- tout l'amour qu'il nous faut devenir,
- toute la perfection qu'il nous faut atteindre,
- tout l'équilibre harmonieux et progressif qu'il nous faut manifester, dans la lumière et la joie,
- toutes les splendeurs inconnues et nouvelles qu'il faut réaliser.

Le yoga intégral accorde une large place à la "voie du coeur", plus simple, plus humble, mais combien plus directe, car alors l'être psychique intervient très rapidement. Il nous permet de court-circuiter l'ego - l'ego mental surtout - cet ego qui avait présidé à la formation de notre personnalité, qui était devenu le maître, qui est prôné, adulé par toute notre éducation occidentale et par la plupart des courants de pensée actuels, particulièrement par la psychanalyse et par tout le système économique et sociologique dans lequel nous vivons. Cet ego n'est pas prêt d'abandonner sa place et de se soumettre au divin. Et c'est pourtant cela qui doit se faire, car tant qu'il est présent, on ne peut être totalement sincère.
C'est ainsi que l'on peut dire que le yoga intégral exige à la fois la plus grande obstination et le plus parfait détachement.
Et c'est vraiment dans le microscopique de chaque seconde que le travail sur chaque être va se faire, tant dans la vie consciente éveillée que dans le sommeil profond et les rêves qui révèlent et déterminent notre vie intérieure.

La Conscience et le Sommeil


Ce serait une erreur de croire que :
"je suis conscient" signifie uniquement
"je pense donc je suis" ou même
"je prends connaissance de cette sensation, je la distingue".
Dans les deux cas, il s'agit d'un cas particulier qui correspond à la conscience mentale, lucide, éveillée - celle que nous rencontrons le plus fréquemment dans la vie courante car il y a un retour sur soi, quelque chose qui dit "je"', qui passe automatiquement à travers la conscience mentale.
La conscience mentale, dit Sri Aurobindo, n'est qu'une gamme humaine et elle n'épuise pas plus toutes les gammes de consciences possibles que la vue humaine n'épuise toutes les gradations de couleur ou l'ouïe humaine, toutes les gradations du son, car il y a une quantité de choses au-dessus ou au-dessous qui sont invisibles pour l'homme et inaudibles. De même, il y a des gammes de conscience, au-dessus et au-dessous de la gamme humaine, avec lesquelles l'être humain normal n'a pas de contact et qui, de ce fait, lui semblent "inconscientes". - Des gammes supramentales ou surmentales et des gammes submentales...
En fait, ce que nous appelons "inconscience" est simplement une autre conscience. Nous ne sommes pas plus inconscients quand nous sommes endormis ou assommés ou drogués, ou "morts", ou dans n'importe quel autre état, que quand nous sommes plongés dans une pensée intérieure et que nous avons oublié notre moi physique et tout ce qui nous entoure. Pour quiconque a tant soit peu avancé sur le chemin du yoga, c'est là une proposition tout à fait élémentaire.
En effet, lorsque nous nous identifions avec l'objet, il n'y a plus de "je" pour dire "je suis conscient". Et Sri Aurobindo ajoute : A mesure que nous progressons et que nous nous éveillons à l'âme en nous et dans les choses, nous réalisons qu'il y a une conscience aussi dans la plante, dans le métal, dans l'atome, dans l'électricité, dans tout ce qui appartient à la nature physique ; nous découvrons même que ce n'est pas, à tous égards, un mode de conscience inférieur ou plus limité que le mental ; au contraire, dans beaucoup de formes "inanimées" la conscience est plus intense, plus rapide, plus aiguë, bien que moins développée en surface.
Il s'ensuit donc que la conscience n'est pas forcément et indissolublement liée au cerveau, aux sens, au corps humain.
Cette indépendance, écrit Sri Aurobindo, finit par devenir tellement normale pour l'être tout entier, que nous en viendrons à sentir ce corps comme quelque chose d'extérieur et de détachable, tel le costume que l'on porte, ou l'instrument que l'on tient, par hasard, à la main. Il se peut même que nous finissions par sentir que le corps est inexistant, en un sens, ou qu'il n'a d'existence que comme une sorte d'expression partielle de notre force vitale et de notre mentalité. Ces expériences sont le signe que le mental arrive à une position correcte vis-à-vis du corps et qu'il change son point de vue faux de mentalité obsédée et capturée par les sensations physiques, pour le point de vue de la vraie vérité des choses.
Ceci signifierait qu'il puisse y avoir pensée en dehors du cerveau, vie en dehors du corps, etc. Mais sans aller jusqu'à ces extrémités, nous pouvons fort bien envisager que dans le sommeil, c'est le physique qui dort.
Les petits "je" de la personnalité frontale, dit Satprem, sont moins encombrants et moins étroitement absorbés dans leur préoccupations superficielles ; d'immenses domaines s'étendent par derrière : un Mental Universel, un Vital Universel, un Physique Subtil derrière cette pellicule physique. Le principe général est que nous irons au moment du sommeil, par affinité, dans les lieux où les plans avec lesquels nous avons déjà établi un lien. Si la conscience n'est pas encore individualisée, elle retombe dans le subconscient, à son passé évolutif qui pourra lui envoyer toutes sortes d'images chaotiques, souvenirs, impressions, à moins qu'elle ne continue, d'une façon plus ou moins déréglée, ses activités habituelles de veille... puis elle coulera dans un passé plus lointain végétatif ou larvaire qui sera son sommeil proprement dit comme celui des plantes ou des animaux.
A mesure que progresse la vie intérieure, nous passons du sommeil animal à un sommeil conscient, ou sommeil d'expérience. Alors, selon les cas ou les degrés "depuis les rares éclairs spasmodiques sur tel ou tel plan, jusqu'à la vision continue maîtresse d'elle-même qui peut aller à volonté où bon lui semble" nous commençons à prendre conscience des "mondes immenses, innombrables qui pénètrent et enveloppent et surplombent notre petite planète terrestre et qui déterminent sa destinée et la nôtre".
Notre travail consistera à nous souvenir de notre sommeil pour "établir des ponts" entre la conscience de veille et l'activité de la nuit.
En principe, un être suffisamment développé parcourera toute la gamme des plans de conscience dans son sommeil et il ira jusqu'à la Lumière suprême de l'Esprit - Sat - Chit - Ananda - inconsciemment le plus souvent et ces quelques minutes-là seront son vrai sommeil, le vrai repos dans la détente absolue de la Joie et de la lumière. Sri Aurobindo disait que la vraie raison d'être du sommeil est de rejoindre spontanément la Source et de s'y retremper. De là, nous redescendrons lentement à travers tous les plans, Mental, Vital Physique subtil et Subconscient (le dernier dont nous nous souvenons le plus aisément), et chaque partie de notre être y aura des expériences correspondantes.
Ces rêves d'expérience sont facilement reconnaissables par l'intensité et la réalité de leur contenu ; ils laissent une impression profonde et un souvenir plus vivant que nos expériences terrestres. On peut les situer d'une manière très sûre, d'après la qualité de lumière dans laquelle ils ont vécus :
... et il y a toute la gamme, depuis les tons sales du sub-conscient, gris marrons et noirs ; les teintes vibrantes du Physique Subtil ; les couleurs éclatantes du Vital qui ont toujours une nuance artificielle et clinquante, un peu dure, jusqu'aux lumières du Mental qui deviennent de plus en plus puissantes et pures, à mesure que l'on monte vers l'Origine, à partir du Surmental, il y a une différence radicale de vision : les objets, les êtres ou les choses que l'on voit, ne semblent plus éclairés du dehors ; ils sont lumineux en soi.

Puis arrive un moment où notre sommeil devient Sommeil d'Action. Celui-là restait passif : nous en avions conscience, mais nous assistions impuissants aux événements qui se déroulaient autour de nous et même à propos de nous. Puis vient un moment où les frontières deviennent plus mobiles entre nos activités de jour et de nuit, entre la soi-disant réalité objective et les plans plus subtils qui bordent notre monde. C'est alors que peuvent apparaître les rêves prémonitoires qui montrent bien que ce qui se passe ici existait déjà quelque part avant de se produire. On peut ainsi éviter un accident, dénouer un situation, etc.
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Toute la Vie est un Yoga, avait écrit Sri Aurobindo, et il nous invite, avec Mère, à grandir en conscience, à devenir conscients à tous les niveaux de l'existence, car la conscience est un pouvoir et c'est elle qui peut transformer la vie. L'aventure est devant nous, comme l'écrivait Satprem dans " Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience " car en l'état actuel :
Même si nous allons jusqu'à la septième galaxie, nous irons là casqués et mécanisés, et nous nous retrouverons tels que nous sommes : des enfants devant la mort, des vivants qui ne savent pas très bien comment ils vivent ni pourquoi ni où ils vont... Nous sommes donc mis au pied du mur, devant le dernier terrain qu'il nous reste à explorer, l'ultime aventure : nous-mêmes.


Par Micheine Etévenon
Secrétaire Générale de
L'Institut de Recherches Evolutives IRE
142, Bld Montparnasse 75014


     

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Notes Biographiques sur Sri Aurobindo et sur Mère

 

SRI AUROBINDO :
Sri Aurobindo est né le 15 août 1872 à Calcutta (Bengale).
Son père, un chirurgien, avait terminé ses études en Grande-Bretagne, et, tout en restant attaché à ses racines indiennes, il refusait un traditionalisme hindouiste, étroit et pointilleux, rigide et sclérosé et admirait la culture moderne de l'Angleterre. Il adhérait ainsi que le père de Rabindranath Tagore, un de ses amis au Brahmo Samaj, un mouvement réformiste. C'est ainsi que l'anglais fut la première langue parlée par Sri Aurobindo qui, dès l'âge de 7 ans, fut envoyé en Grande-Bretagne, afin d'y recevoir une éducation occidentale classique.
Pauvre, studieux et solitaire, brillant élève, il dévore la littérature, la poésie, et maîtrise le grec et le latin au King's College de Cambridge.
A l'âge de 20 ans, il rentre en Inde et prend conscience de la misère de son pays écrasé sous le joug colonialiste. Il s'impliquera dans la politique dès 1902. Il débutera son yoga à 32 ans en même temps qu'il deviendra l'un des premiers révolutionnaires nationalistes indiens.
A son arrivée en Inde, il accepte un poste de secrétaire du Maharaja de Baroda, il enseigne bientôt le français et l'anglais, et découvre et assimile la culture et les traditions de son pays. Agnostique, il va chercher dans les techniques du yoga la force et le pouvoir de libérer son pays, considérant comme égoïste un yoga de libération personnelle et estimant que son yoga doit être vécu pour l'humanité. En trois jours, un gourou, Lele, lui permet d'atteindre le silence mental et lui donne l'expérience de l'Atman transcendant et de l'illusion du monde physique selon le Védanta.
Parallèlement s'intensifie son action révolutionnaire. Il publiera de nombreux articles politiques. En 1908, il est arrêté, et, dans le silence de sa prison d'Alipore où il passera un an, sa vie spirituelle s'épanouit. Il est finalement acquitté mais, toujours poursuivi par les Anglais, il se réfugiera en 1910 à Pondichéry, Comptoir français de l'Inde. Le révolutionnaire va alors s'effacer devant le chercheur du yoga intégral et le poète.
Pour lui, ce n'est pas seulement l'Inde qu'il faut libérer du joug britannique, mais c'est l'humanité tout entière qui doit se libérer d'elle-même, de ses instincts et du passé qui l'oppresse, car il est vain d'essayer de changer les circonstances extérieures tant qu'un changement intérieur de conscience n'aura pas eu lieu. Il suffit d'observer comment s'effectue l'évolution du minéral au végétal, du végétal à l'animal et de l'animal à l'homme (qui correspond au plan mental) pour en déduire que notre règne mental n'est pas le dernier stade de la création. Nous sommes en transition vers l'étape nouvelle de l'évolution de l'humanité que Sri Aurobindo a appelé la "transformation supramentale" et qui doit conduire à "la Vie Divine sur la terre".
"L'Etre Supramental" manifeste cette "conscience de Vérité" qu'avaient annoncé dans les Védas les Rishis, prophètes et poètes visionnaires de l'Inde antique. Sri Aurobindo retrouve par ses propres expériences le "Secret du Véda", dont il traduit de nombreux passages du sanscrit, comme des "Upanishads" et la "Bhagavad Gita" qu'il commentera abondamment.
Le Supramental unifie les apparentes oppositions entre le Spirituel et le Matériel, entre l'Esprit et le Corps. La force supramentale révèle le Divin au sein de la matière qui doit entraîner une transformation radicale de l'humanité : Nous sommes les fils du ciel par le corps de la terre. C'est ainsi que Satprem cite cet hymne du Rig-Véda adressé au dieu Agni, intermédiaire entre les hommes et le royaume de la vérité, de la droiture et de la vastitude.
A Pondichéry, où quelques compagnons de lutte sont venus le rejoindre, un groupe se forme et grandit autour de lui. C'est en 1914 que lui rend visite celle qu'il va appeler "Mère". Dès cette date, il va éditer pendant six ans une revue philosophique mensuelle où seront publiés les chapitres de ses ouvrages principaux, parmi lesquels :
- La Vie Divine, pour la philosophie du Yoga Intégral.
- La Synthèse des Yoga, pour la pratique de cette voie qu'il défriche.
- L'Idéal de l'Unité Humaine et le Cycle Humain, pour sa pensée sociologique et politique.
- Traductions et commentaires des écritures sacrées indiennes.
En 1926, Sri Aurobindo se retire.
Le 24 novembre 1926 Sri Aurobindo traverse une expérience spirituelle très intense et décisive qui lui montre que la manifestation sur la terre de cette nouvelle conscience supramentale, qu'il a déjà éprouvé individuellement, peut et doit être accélérée. Afin de se concentrer sur ce travail dans la conscience terrestre, il se retire de la vie du groupe et remet la responsabilité de ses disciples à Mère qu'il déclare son égale spirituelle, avec laquelle il est, dit-il, "une seule et même conscience". L'ashram est né. Sri Aurobindo gardera un contact étroit avec les disciples à travers une abondante correspondance, les Lettres, qui sera ultérieurement publiée. Il écrit et réécrit plusieurs fois Savitri, une épopée de plus de 23.000 vers, histoire de l'évolution de la terre depuis son origine jusqu'au supramental et que Mère va reconnaître pas à pas.
En 1950, Sri Aurobindo quitte son corps, mais s'il passe de l'autre côté du voile de la mort, il charge Mère de continuer son travail de ce côté-ci. On ne peut donc pas parler de Sri Aurobindo sans citer le travail de Mère.

Mère :
Mirra Alfassa est née à Paris le 21 février 1878, d'une mère égyptienne et d'un père turc, tous deux parfaitement matérialistes. Etude approfondie du piano, de la peinture et des mathématiques supérieures. Des expériences spontanées la font voyager en dehors de son corps, entrer dans le passé de la terre et découvrir, sans rien y comprendre, des "vies antérieures". En 1897, elle épouse un élève de Gustave Moreau, Henri Morisset et connaît Rodin ainsi que tous les grands artistes peintres de l'époque. A l'âge de vingt-six ans, en 1904, elle rencontre en "rêve" Sri Aurobindo, qu'elle ne connaît pas et qu'elle prend pour une "divinité hindoue".
Puis elle fait connaissance d'un énigmatique personnage, Max Théon, et de son épouse Alma, doués de pouvoirs occultes extraordinaires qui lui donnent la première explication cohérente de ses expériences et lui enseignent l'occultisme au cours de son séjour chez eux à Tlemcen. En 1908, elle divorce d'avec Morisset et se lance dans l'étude de la philosophie avec Paul Richard qui ira à Pondichéry en 1910. Elle l'accompagnera en 1914 et rencontrera Sri Aurobindo, le 29 mars. : Celui que nous avons vu hier est sur terre.
Elle passe une première année à Pondichéry, puis quatre ans au Japon avec Richard et revient définitivement près de Sri Aurobindo en 1920, via la Chine.
Lorsque Sri Aurobindo se retirera en 1926 pour se consacrer au "Yoga Supramental", elle créera de toutes pièces l'"Ashram".
Après le départ de Sri Aurobindo (1950), elle fondera un "Centre Universitaire International" et tentera assez vainement d'éveiller les disciples à une "conscience nouvelle" au cours de centaines d'"Entretiens", puis se retirera fin 1958 pour aller à la racine du problème : le "yoga des cellules" qui devait la conduire à la découverte d'un "mental cellulaire" capable de reformer la condition du corps.
De 1958 à 1973, c'est la lente découverte du "Grand Passage" à une autre espèce et d'un nouveau mode de vie dans la Matière.
C'est toute l'histoire de l'Agenda (l'enregistrement de ses conversations avec Satprem, le disciple français qui fut le confident de sa lutte).