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Alexandro JODOROWSKY
Je travaille l'arbre généalogique, j'appelle ça la psychogénéalogie

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1ère partie
La Suite et La Fin



L'individu est un fragment d'un arbre généalogique
     L'individu est une famille: il a un inconscient familial. On cherche une vision de l'arbre généalogique comme s'il était un être. Mais en réalité, il est un être, l'arbre généalogique en lui-même: il se répète à lui-même, il fait des jeux de mots, il se programme, il fait des blagues, il s'imite lui-même, il tue, il crée.      Chacun de nous vit dans un être qui est son arbre généalogique, sa famille. Bien sûr cet arbre est immense, mais comme l'oubli humain existe, il est constitué principalement de l'individu et ses frères, les parents et tous les oncles, les grands parents et les frères des grands-parents et si c'est possible les arrières grands parents.
Mais il y a des moments... des mémoires extraordinaires: l'on peut parfois trouver des traces des arrières-arrières grands parents, des traces psychologiques bien sûr. Mais généralement les grands-parents suffisent, un peu d'arrières grands-parents, parents, et nous. Alors on commence premièrement en notant les noms de toutes ces personnes là.
      On note tous les noms et on voit ce que les noms disent parce qu'il y a des répétitions, on voit pourquoi les mots se réunissent comme si les noms étaient des êtres en soi, des individus en soi. Après on voit les dates: date de naissance, date de mort, date de mariage, date d'accouchement, et on compare les répétitions, on cherche les répétitions pour voir ce que ça nous marque. Après on voit les absences, après on commence à voir quelles sont les idées reçues dans l'arbre, on commence par voir s'il y a de l'amour, parce que la généalogie c'est une histoire d'amour, des couples: si ces couples étaient bien constitués ou pas et quelles étaient les maladies du couple qui se sont répétées plus tard.
- De quel couple?
- Des parents, grands parents... ces couples là, il faut aller voir. Après il faut aller voir les amours incestueuses qui sont énormes, il faut voir les bourreau-victime, il faut voir le narcissisme de tous les couples qui se reflètent l'un dans l'autre comme des miroirs. Après il faut regarder la réalisation sexuelle de l'arbre généalogique, parce que c'est une histoire de sexe de laquelle on parle, puisque sans sexe il n'y a pas de reproduction, donc il n'y a pas d'arbre, alors on va aller voir comment le sexe est vécu. Après on voit comment l'argent, la vie matérielle est vécue, parce qu'il y a des maladies sexuelles, il y a des maladies émotionnelles, mais il y a aussi des maladies économiques dans l'arbre, alors on gratte tout ça, et on continue de l'individu à ses enfants, à ses petits-enfants, et on se fait une idée de ce que c'est la vie, parce que, en voyant ce qui se passe dans l'arbre, on se rend compte que cet arbre est là, absorbe toutes les agressions et tous les dons de la société: on est formé par la société et cette société là absorbe tous les dons et toutes les agressions de l'histoire. Un individu, c'est un individu familier, social, historique, on travaille tout ça, voilà: c'est ça la généalogie! C'est difficile à expliquer parce que c'est très vaste...
Tous les arbres généalogiques sont malades
- Alors après, tous les arbres généalogiques sont malades parce que notre société mourante est malade et l'histoire a été malade. Alors une fois qu'on décrypte la maladie, les pièges dans lesquels on est, parce que l'arbre nous fabrique un destin-piège, bien qu'il contienne aussi tout notre trésor. Alors une fois qu'on a vu ce destin-piège, on essaie de guérir l'arbre. Parce que contrairement à ce que m'indique l'arbre biologique, les arbres biologiques ne guérissent pas, l'arbre généalogique, lui peut guérir: il y a un travail de transformation à faire. Mais ce travail de transformation s'applique à toutes les personnes de notre famille existant dans notre mémoire; chaque personne existante dans notre famille et dans notre mémoire a un cadeau à nous donner s'est une magie pour nous mais en même temps c'est notre bourreau si on n'est pas conscient car il nous possède. L'arbre fonctionne par possession, on est possédé, alors il y a tout ce travail là qu'il faut faire.
- Mais tout cela apparaît quand vous voyez l'arbre composé par quelqu'un ou ça a besoin aussi des commentaires de la personne par sa famille, vous lui demandez pourquoi celui-là c'est marié comme ça...
- Ah oui bien sûr...
- C'est cela, il y a tout le dialogue entre vous et la personne
- Ah oui, ce n'est pas de la divination, je ne suis pas marabout moi! C'est la personne qui va me dire, c'est un travail avec la personne, on fait les questions adéquates, on lui demande les noms de ses frères, on lui demande tout... Le psycho-généalogue n'a rien à apporter lui même, il apporte les techniques de guérison, c'est ça qu'il apporte. Une fois que l'arbre a été établi, aussi il y a le secret dans l'arbre, des secrets qui sont parfois de nature honteuse: une prostituée dans la famille, une gouine, un joueur, un coureur, il y a des secrets qui sont incestueux, on a couché avec papa, on a un enfant de son oncle ou son frère, ou des crimes, etc... et on cache, des maladies que l'on cache, par exemple une syphilis que l'on a cachée, un cancer que l'on a caché, une épilepsie que l'on a cachée, on a ces sortes de problème.
- Et quel bienfait cela apporte-t-il à la personne en question,
- Le bienfait c'est que la personne ne devient pas elle-même tant qu'elle n'est pas consciente, elle est là, elle est inconsciente de ce qu'elle est, inconsciente de pourquoi elle a à vivre d'une façon ou d'une autre; quand elle prend conscience de ce qu'elle est en train de répéter et de la vie qu'elle mène qui n'est pas elle-même, à ce moment là, elle peut commencer à vivre sa propre vie et se défaire du piège. Ca lui fait un bien énorme! Notre but c'est d'arriver à la conscience suprême, le plus près possible, le travail est là, c'est un travail de conscience.

A propos du tarot
     J'ai commencé par les tarots, mais pas pour deviner le futur, plutôt comme un test psychologique. Je travaillais le tarot psychologique, comme un test projectif: comme le tarot est flou, on ne sait pas ce qu'il dit, chaque personne voit dans les tarots ce qu'elle veut voir, ce qu'elle peut voir, donc on analyse après ce qu'elle a dit. Alors j'ai commencé avec le tarot.
- Vous continuez toujours avec le tarot ou maintenant vous travaillez essentiellement avec l'arbre généalogique?
- Non, je continue avec le tarot. Le tarot c'est un langage. L'instrument c'est un langage, un langage optique. On peut parler tarot comme on peut parler chinois, français, allemand, espagnol, c'est un langage.
- Pour vous, quelle forme prend cette pratique, vous faites des conférences comme ça ou vous...
- Tous les mercredis je vais dans un café à Paris et je lis gratuitement les tarots. Je réponds aux questions pendant environ deux heures, après je donne une conférence. C'est un travail individuel de santé publique; je guéris la société moi-même sans les sponsors!
- Vous devriez être remboursé par la sécurité sociale!
- Non, non, non, parce que je ne suis pas un invalide, je pense que la sécurité sociale et le chômage, c'est un déclin de notre époque. Le chômage, en même temps qu'il paie les gens à vivre, il les élimine de la société. On devrait avoir des institutions qui nous conduisent la créativité et qui nous apprennent à nous guérir nous-même, prendre en responsabilité notre propre vie. Je ne suis pas un impuissant pour me faire rembourser!

A propos de l'arbre généalogique
- On essaie de créer un groupe de thérapeute qui travaille sur l'arbre. La psycho-généalogie est une activité comme la psychanalyse, il y a des psychogénéalogue, ou des tarologues.
- C'est une nouvelle approche qui devient populaire ou vous êtes un pionnier?
- Je suis un pionnier mais par mon livre qui s'appelle le théâtre de la guérison, j'ai eu beaucoup de demande et comme il y a quatorze ans qu'ils ont mes conférences gratis, il y a beaucoup de monde quand même. Ca grandit...
- Et le travail sur l'arbre généalogique, c'est assez récent dans votre démarche?
- J'ai commencé il y a quinze ans, c'est pas si récent. C'est le travail de toute une vie.

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Alexandro JODOROWSKY
Je travaille l'arbre généalogique, j'appelle ça la psychogénéalogie

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Suite et fin

Encore l'arbre généalogique

- On essaie de créer un groupe de thérapeute qui travaille sur l'arbre. La psycho-généalogie est une activité comme la psychanalyse, il y a des psychogénéalogue, ou des tarologues.
- C'est une nouvelle approche qui devient populaire ou vous êtes un pionnier?
- Je suis un pionnier mais par mon livre qui s'appelle le théâtre de la guérison, j'ai eu beaucoup de demande et comme il y a quatorze ans qu'ils ont mes conférences gratis, il y a beaucoup de monde quand même. Ca grandit...
- Et le travail sur l'arbre généalogique, c'est assez récent dans votre démarche?
- J'ai commencé il y a quinze ans, c'est pas si récent. C'est le travail de toute une vie.
- C'est votre activité principale,
- Non, non mon activité principale c'est... il y en a trois maintenant: j'écris des livres, j'écris...
- Sur ces sujets?
- Sur ces sujets, oui, des romans aussi, j'écris de la bande dessinée et je fais du cinéma, des films, c'est une activité artistique.
- Multifacette
- C'est une seule activité parce que je pense que l'art, c'est une activité thérapeutique. Pour celui qui l'exerce et pour celui qui le regarde. Si maintenant l'art ne guérit pas, l'art ne mérite pas d'exister. Bien sûr le rire guérit, alors je ne vois aucune différence entre Lacan et Raymond Devos: les deux guérissent !
Je ne vois aucune différence entre les livres sacrés et les blagues des gares, et j'ai fait un livre qui s'appelle La sagesse des blagues où je les analyse comme des textes sacrés parce que ce sont des textes profonds, les blagues... (Édition " Vivez Soleil").
Il y avait un illuminé qui criait dans la rue "J'ai des réponses, j'ai des réponses, est-ce que quelqu'un a des questions?". Cette histoire me plaît beaucoup.
- Woody Allen l'a reprise : il a dit "la réponse est oui mais quelle est la question."
- "Quel était ton visage avant de naître?" et la réponse est "Le mien".
- Ca vous en êtes sûr? - 100% sûr!

De la forme de l'arbre généalogique
- Et la forme de l'arbre généalogique a-elle une influence?
- Oui, chaque arbre a une forme très différente, parce qu'il y a des arbres qui ne se reproduisent pas, des autres qui sont très très fertiles, qui ont un enfant par couple... Ils sont tous différents et ce qui est extraordinaire, quand un couple se fait, les arbres qui se rencontrent parce que jamais ne se rencontrent que deux individus: ils se rencontrent au moins 30 personnes dans un coup de foudre et ils ont des arbres très concordants, ils ont des similitudes.
Alors si on veut comprendre pourquoi on fait un couple avec quelqu'un, il faut étudier son arbre généalogique et on va se trouver la raison tout à coup.
Avec similitude des noms, similitude d'expériences, similitudes de catastrophe, quelque chose se passe, on dirait que ce qui nous attire dans un coup de foudre c'est l'arbre généalogique de l'autre.
- C'est surprenant.
- Oui, surprenant !
- Et ça, vous l'avez mis en pratique et vous en avez tiré des conclusions.
- Bien sûr. Parfois les arbres ont des boucs émissaires: vous savez quand il y a une maladie générale dans la famille, la maladie éclate dans un personnage, personnage qui est accusé, expulsé et banni, mais ce personnage c'est le bouc émissaire qui assume la maladie de la famille. Parfois les arbres font des compensations: par exemple s'il y a un criminel dans l'arbre, il y aura un saint, s'il y a un épileptique, après il peut y avoir un sage ou un grand artiste, un génie. L'arbre va avoir tendance à s'équilibrer. Il a des jeux de mots: M. Mousse s'est marié avec Mlle Vert, ou M. Brun avec Mme Blanc, l'arbre il fait des jeux de mots, des calembours, il fait tout l'arbre...
- Et vous, vous en tirez des conclusions de ces éléments là?
- Oui, on peut tirer des conclusions, moi et la personne, oui, on tire des conclusions, d'un commun accord.

Des réincarnations
- Et est-ce que les réincarnations ont un effet sur ce que vous faites?
- Je crois pas qu'il y a une vérité, alors je choisis de croire les vérités qui sont utiles. Dans ce cas là, la réincarnation n'est pas utile, parce qu'elle élimine, comme la sécurité sociale et le chômage, toutes les responsabilités personnelles dans le travail: je suis ça parce qu'il y a une réincarnation qui m'a apporté ça... alors c'est pas utile dans ce cas là. Quand c'est utile, on peut accepter la réincarnation, pas là.
- Alors vous l'acceptez quand c'est utile, et vous le niez...
- C'est parce qu'il n'y a pas de vérité: il y a des vérités utiles, alors je peux pour un cas accepter une chose et pour un autre cas, nier la même chose, je ne suis pas obligé à penser toujours la même vérité, vous comprenez?
- Tout à fait.
- Parfois, être végétarien, c'est une vérité bonne, parfois c'est une vérité inutile.
- Les grands maîtres, font parfois ça dans leurs enseignements, selon la personne à laquelle ils s'adressent ils peuvent prendre tel biais ou prendre un autre qui a priori a l'air contraire mais avec quelqu'un d'autre donnera plus de résultat.
- Oui. Alors il y a trois avocats. Un avocat dit, dans un procès " C'est homme là est coupable"', et l'autre dit " C'est homme là est innocent", et le troisième dit "Je suis d'accord avec mes deux collègues".
- Et vous êtes le troisième?
- Ca dépend les circonstances.

 

 

Du vrai et de l'utile

- Est-ce que vrai et utile sont des synonymes pour vous?
- Non, il y a les vrais utiles parce qu'il y a aussi les vrais inutiles.
- Celui là on en tient pas compte?
- Non, c'est pas utile, alors on en tient pas compte, et ça dépend quand et où on les dit parce que les vrais utiles ici et maintenant ça peut être un vrai inutile là-bas et ailleurs. C'est amusant.
- Je ne fais pas la pratique pour que ça me fasse du bien, je fais la pratique pour que ça vous fasse du bien à vous.
- Normalement ça doit aussi vous faire du bien à vous?
- Si je vous fais du bien, je me fais du bien.

De la psychomagie
Pour moi, parmi les psychanalystes, Milton Erikson m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup inspiré. Avec les travaux de Milton Erikson, et avec d'autres choses bien sûr, je suis arrivé à faire de la psychomagie.
Le livre que j'ai terminé Le théâtre de la guérison chez Albin Michel parle de la psychomagie.
Ce sont des actes pour guérir quelques maladies de l'âme. Mais personne n'avait appliqué ça comme Milton Erikson. Il ne se limitait pas seulement à écouter les consultants, il leur proposait des choses. Il ne travaillait pas avec des vérités, mais avec des actions.
- Avec des vérités utiles.
- Mais il y a aussi les mensonges utiles et les mensonges inutiles.
- C'est l'autre côté de ce que vous dites ça...
- Quand on se met à étudier la vie, on voit qu'il y a de la tricherie sacrée. Donc il y a des mensonges utiles: par exemple Jacob va tromper son frère Essaï, il va lui voler ses terres, il va voler les bénédictions de son père, ce sont des vraies tricheries, amis ce sont des tricheries utiles, donc ça existe aussi les mensonges utiles. Les mensonges utiles existent autant que la vérité utile. Les deux sont très dignes.
- Et au niveau des maîtres spirituels, vous en avez un dont les enseignements vous ont particulièrement intéressé.
- Mon maître intérieur. J'ai mis longtemps à le trouver mais il est là, mon maître intérieur, et vous savez qui est mon maître intérieur?
- Non.
- Votre maître intérieur, c'est la même chose. Alors si vous voulez vous pouvez m'enseigner maintenant.
A ce moment là vous êtes mon Maître.
- Si j'arrive à me mettre suffisamment en contact avec mon maître intérieur.
- Ah oui, pour arriver à son maître il faut se mettre... et ne pas être un centimètre, il faut être un cent centimètres!

Maître intérieur et arbre généalogique
- En quoi votre maître intérieur est-il relié à votre arbre généalogique
- Ca c'est une bonne question. On comprend son arbre généalogique à la lumière de la vision du maître intérieur, ce maître intérieur on peut l'appeler aussi conscience suprême. Je veux croire utilement qu'au milieu de l'obscurité et l'inconscience de l'inconscient il y a une conscience suprême, qu'on appelle maître intérieur, vie intérieure, conscience suprême. Si on a pas ce centre là éveillé, si on ne l'éveille pas, on ne peut pas comprendre ce qui se passe dans l'arbre généalogique, on le subit. Donc l'arbre généalogique va nous créer un futur, quand on éveille son maître intérieur, sa Vie intérieure, sa conscience suprême, on ne subit plus, on participe au futur, et le futur qui nous arrive on le veut Quand on est endormi, on a un futur qu'on veut pas, voilà, c'est ça la différence. On peut être sauveur de soi-même ou victime de soi-même, ça dépend du degré de conscience auquel on arrive.
- Si on est éveillé et en phase avec son maître intérieur on fait l'arbre généalogique, on le fait.
- On le fait, et comment faire l'arbre généalogique? On obéit aux lois universelles. On va pas contre la vie, on obéit à la Vie.
- Mais alors, l'arbre généalogique, est-ce qu'il a aussi pour but d'éveiller la personne?
- Bien sûr, c'est une école, une école d'éveil, un éveil intérieur, un éveil social.

Image et passé
On doit travailler fermement pour changer notre futur, et on doit travailler fermement pour changer notre passé parce que notre passé n'est pas fixe, ce n'est qu'un point de vue.
- Changer l'image que l'on a du passé?
- Ce n'est qu'un point de vue, parce que le passé maintenant c'est de l'imaginaire, il n'est plus là, donc on peut le transformer.
- C'est aussi la définition de la psychanalyse.
- Peut-être.
- Parce qu'ils essaient en analysant le passé d'arriver à...
- A le recadrer.
- Oui
- Peut-être, c'est possible.
- A faire que le passé ne soit plus un problème.
- On peut le transformer.
- L'image qu'on en a, ce que l'on ressent.
- Image et passé, c'est une seule et même chose. Le passé ce n'est qu'une image, il n'y a pas de différence, il n'y a pas de passé là, où est le passé? C'est pas qu'on change une image, c'est qu'on change le passé, parce que le passé est image en soi.

Pas de bagarre

    Je ne me suis jamais bagarré à coup de poing avec personne de toute ma vie, je suis étonné parce que mes fils se bagarrent tout le temps, moi jamais.
- Vous avez utilisé des mots, vous avez utilisé la pensée?
- Non, je me suis toujours mis où il n'y avait pas de conflit, pas de danger, mais jamais je ne me suis bagarré, et même pas reçu une gifle.
- C'est peut-être une bonne école pour être encore là, ceux qui se sont battus ne sont peut-être plus là pour le raconter.
- Peut-être... Non mais c'est une réalité, jamais!
- Ce qui montre que se battre n'est pas nécessaire.
- Bien sûr. A l'époque du service militaire, je suis jamais allé, et ils m'ont jamais appelé, ça c'est incroyable. Parce qu'il y a la loterie au Chili: quand tu arrives à l'aéroport, t'appuies sur un bouton si tu as la lumière rouge ils te contrôlent tous les bagages, si tu as la lumière verte tu passes. Chaque fois que j'arrive j'ai la lumière verte, je passe.
- Ce qui prouve que se battre n'est peut-être pas forcément une caractéristique nécessaire de l'être humain.
- Non, c'est pas forcément nécessaire, mais il faut être prévoyant, voir venir le danger et changer de trottoir.
- Alors vous n'êtes pas agressif du tout.
- Non, pas du tout, je peux avoir des colères momentanées mais je ne suis pas agressif. Parole d'honneur!

Je ne suis pas séducteur

Mais je ne suis pas séducteur non plus, je traite pareil les hommes que les femmes, pareil, pour moi traiter un homme ou une femme, tous sont pareils... pas pareils, différents mais disons je suis pas en train de choisir, de préférer quoique ce sois, je ne suis pas dans cet esprit là, je parle avec autant de plaisir avec toi que si c'était Marilyn Monroe, par exemple... Bien sûr si tu te mets dans mon lit ce sera différent, mais je ne suis pas dans son lit, alors c'est un grand plaisir de faire un interview avec toi, c'est exactement pareil!
- C'est un problème de lunettes là...
- Non, non, non, je te vois très bien!
L'intimité, c'est une chose différente n'est-ce pas, ça c'est un phénomène mystérieux...
Quand les hormones se mettent à marcher c'est un miracle qu'on ne connaît pas. (...)

Connaître soi-même son but
Je voudrais qu'en trois ou quatre lignes tu me dises ton but dans la vie.
- Pour l'instant, mon but dans la vie c'est d'essayer de m'éveiller un petit peu, et donc de mieux me connaître moi-même dans ce but.
- Alors, ça veut dire, si c'est ton but, que tout ton arbre s'est opposé à ça, et que toutes les familles qui t'ont précédé n'ont pas voulu s'éveiller, n'ont pas pu et n'ont pas connu leur but dans la vie.
- C'est possible.
- Non, mais c'est ça. Le but que nous avons, c'est l'antithèse de l'arbre généalogique que nous avons. La première clé, pour conduire le travail de l'arbre c'est connaître ton but, et après, savoir pourquoi tu ne le réalises pas, pourquoi ça c'est ton but et pourquoi tu n'es pas déjà un éveillé, pourquoi tu n'es pas déjà un être qui sait ce qu'il fait ans la vie, tu vois? Alors si tu ne l'es pas déjà, ça veut dire que c'est un but, ça veut dire que tu ne peux pas le faire. Il y a des forces qui s'y opposent, des choses que tu as à vaincre, et ces forces que tu as à vaincre et ses forces opposantes, c'est ton arbre, alors il faut étudier ton arbre pour arriver à réaliser ton but, aller voir ce qui s'est passé, pourquoi on t'a donné un destin où il est difficile de s'éveiller, voilà, simplement ça.
- C'est pas vraiment difficile.
- Tu as dit ça, je reprends les mots.
- Non, j'ai pas dit que c'était difficile.
- Qu'est-ce que tu as dit?
- Non, j'ai dit que ça m'intéresse d'aller dans cette direction, quoi...
- Si ça t'intéresse d'aller dans cette direction c'est que tu n'es pas là, si tu n'es pas là, c'est que ton arbre généalogique n'est pas là, parce qu'on est le produit de sa famille, alors commence par étudier ta famille dan ce sens là, c'est ça l'arbre généalogique. D'autres personnes me diraient faire un couple heureux, alors je leur dirais dans ton arbre, il n'y a pas de couple heureux, c'est pour ça que tu veux un couple heureux. Et avec chaque personne qui fait son arbre, elle a une autre finalité donc c'est une autre étude de l'arbre.
- C'est quand même une espèce de travail psychanalytique, non?
- Oui, mais très très très rapide, parce qu'on peut voir ce que la psychanalyse demande 6 mois, des années, dix ans, dans un laps très court à partir de trois séances déjà on voit.
- Pratiquement, on dessine l'arbre?
- Oui, on le dessine, oui, complètement.
- La personne le fait seule ou avec toi?
- Elle le fait seule, avec ma collaboration, avec la collaboration du psychogénéalogue, parce qu'il va lui demander des choses, il va lui montrer des relations que la personne ne voyait pas, alors c'est un regard lucide, c'est l'arbre comme un ensemble, et à partir de là commence une transformation personnelle très rapide.

Mais prendre conscience, ce n'est pas suffisant, donc j'ai inventé la psychomagie

Avec elle, on doit faire certains actes justement pour agir et la prise de conscience n'est pas suffisante, elle ne guérit pas:
maintenant que je sais ça, je sais pourquoi, mais quoi faire maintenant?
Alors voilà la question que l'on te pose, alors j'ai été obligé d'inventer le quoi faire après.
- Et la psychomagie alors...
- Est venue pour ça parce qu'on m'a demandé quoi faire alors, comment s'en sortir. A cause de ça mon fils est dans l'héroïne, quoi faire?Ce sont des questions fortes; c'est s'accrocher ou divorcer: j'ai ma femme qui est partie, quoi faire pour rompre quoi faire?
- Et quelle et la base de la psychomagie?
- Ce sont des actes que l'on fait. Je me suis un peu inspiré du rêve lucide: c'est vrai que dans les rêves, on se réveille, on sait qu'on rêve, non? Mais on fait des actions dans les rêves, en sachant qu'on rêve. C'est tout un terrain, c'est toute une bibliographie qu'il y a sur les rêves lucides non. Et je me suis dit je vais appliquer les mêmes techniques du rêve lucide à la psychomagie, en prenant la vie comme un rêve dans lequel je me réveille, parce que si je sais que ça c'est un rêve, je peux introduire des changements dans le rêve, alors je le ferai, je créerai un langage qui parle à l'inconscient dans ses propres termes et ordonne de produire des choses à l'inconscient, contrairement à la psychanalyse qui apprend à l'inconscient à parler l'irrationnel, parce qu'après qu'on a un rêve on va l'expliquer rationnellement. On traduit le langage inconscient qui est plein d'image, d'action, de jeux, en langage rationnel, mais non j'efface le langage rationnel et j'apprends l'irrationnel par le langage des rêves qui s'adresse à cet animal infini qui et l'inconscient... Qu'on appelle inconscient mais que moi j'appelle univers.
- Ce qui est au fond de vous.
- Ce qui est moi non rationnel, ce qu'on appelle l'inconscient c'est la conscience et ce que l'on appelle la conscience rationnelle, c'est vraiment l'inconscient parce que le rationnel est un ignorant, il ne sait rien. Le rationnel doit seulement travailler dans des mondes inventés, virtuels.
- Et à vous même, cette méthode vous donne pleinement satisfaction?
- Oui.

 

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L'entretien va se terminer... On a beaucoup parlé... Un calme plein de sérénité s'est installé...
Jodo reprend alors la parole...


-Il arrive qu'à un moment dans la vie, on se sente bien
- Vous êtes complètement satisfait?
- Complètement oui, c'est tranquille, j'arrive à un moment où je peux être tranquille, de plus en plus,
de mieux en mieux, j'y vais avec mon âge, tranquillement.
- Et quel est votre but alors?
- Je n'ai pas de but. Sans finalité.
- Est-ce que c'est ce que l'on appelle un être réalisé?
- Peut-être je commence à soupçonner que oui!...
- Congratulation!
- Il arrive, tu sais, qu'à un moment dans la vie on se sente bien et la meilleure chose que l'on fait c'est avoir le plaisir de faire, de prendre plaisir de tout ce que l'on fait; on prend plaisir même de la journée même parce que l'on et conscient, et quand on est conscient, on devient conscient que tout est éphémère, et on rentre dans l'éphémère, et on le vit profondément et on se sent très bien dans l'éphémère, on l'accepte, et ça devient une forme de vie, l'éphémère, dont on n'est pas préoccupé, et ça existe.
Ca existe la paix du coeur, ça commence qu'on commence à aimer l'humanité.
Ca existe que sans te connaître je prends plaisir à être avec toi, ça existe de ne pas s'angoisser économiquement, laisser venir, laisser faire, ça arrive que t'arrives à ta capacité de créer si tu es un artiste, de créer artistiquement des choses valables.

 

Fin de l'entretien