Femmes et Chrétienté

Archétype du Féminin par Jean-Yves Leloup

Quatre femmes remarquables XXè s.

Femmes Contemporaines

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Femmes et Spiritualité
Les Chemins de la Sagesse

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Lorsque masculinité et féminité (Yin-Yang) sont en harmonie,
Alors l'être s'éveille...

 

--------Editorial : Avant toute division masculin-féminin

Lorsqu'on s'intéresse à la psy ou à la spi, on se représente le professeur, le maître, le Divin, celui qui sait, le plus souvent comme un homme. De fait, les livres et les enseignements sur ces sujets sont essentiellement écrits par des hommes. Or, "un homme sur deux est une femme".
Nous avons choisi de présenter dans ce numéro des femmes. La Psy s'est intéressée aux femmes d'abord comme patientes puisqu'avant Freud, l'hystérie était une maladie qui ne pouvait toucher que les femmes.
Puis Freud découvrit l'inconscient mais c'est Bertha Pappenheim (Anna O), une patiente, qui inventa "la cure".
De nombreuses découvertes suivirent mais sur les femmes Freud commentait:"Tout cela reste très obscur".
Le XXè siècle fut donc décisif et de Lou Salomé à Françoise Dolto, les femmes quittèrent le rôle passif de malade qui subit pour apporter activement de la lumière.
En Spi, nous présentons de très nombreux portraits et expériences de femmes remarquables du passé et du présent, avec un hommage particulier à Hildegarde de Bingen et à Ma Ananda Mayi, "Etre en totalité", sainte indienne de ce siècle. Des témoignages sont rassemblés de certains qui l'ont approché et qui décrivent ce qu'ils ont ressenti. Au-delà des mots…
Les notions d'homme et de femme restent à un niveau très matériel.
Si l'on se place du point de vue de ce qui Est, de la Vérité, de la Lumière, de L'Etre, du Divin, il n'y a pas de distinction.
Seul le mental est dualiste, discrimine, compare, met des étiquettes. On peut considérer un être humain en général et la femme par exemple, de différents points de vue: la femme prise dans son acception physique, corporelle, sexuelle, la femme prise dans son rôle social de mère, de fille, d'épouse, d'amante, ou encore la femme dans son essence de principe ou d'énergie féminine.
Ce féminin ne concerne plus la moitié de la population mais chacun d'entre nous, quel que soit le sexe de son corps.
Lorsque masculinité et féminité (Yin et Yang) à l'intérieur de chacun de nous, sont en harmonie, alors l'être s'éveille…

 

Différence entre les deux sexes ?
Pas la moindre....

A l'évidence, la femme possède certaines particularités biologiques.
Lui incombent la tâche de mettre les enfants au monde, et celle, non moins difficile des leur donner une éducation digne de ce nom.
Quant à l'homme, ses difficultés sont d'un autre ordre.
Il doit assurer le bien-être matériel de sa famille.
Mais au-delà de ses différences évidentes, qu'en est-il?
A mon sens, la femme apparaît bien plus réceptive que l'homme, dans la mesure où son ego est moins envahissant!
Quoi qu'il en soit, l'homme et la femme ont à faire face à leurs problèmes respectifs.
L'important, c'est de ne pas se laisser être piégé par le jeu des apparences. Krishnamurti

 

Une fois que j'ai su que Dieu était une femme...


Une fois que j'ai su que Dieu était une femme, j'ai appris quelque chose de très approximatif au sujet de l'amour; mais c'est seulement quand je suis devenu une femme et que j'ai servi mon Maître et amant que j'ai connu l'amour absolument
Cette forme qui doit manifester la force spirituelle capable de transformer les conditions actuelles de la terre, cette forme nouvelle, qui la construira, sinon les femmes? La nouvelle espèce sera gouvernée par l'intuition, c'est-à-dire par la perception directe de la loi divine au-dedans.
Sri Aurobindo
La Mère divine est la Conscience et la Force du Divin.- qui est la Mère de toutes choses.
Mère (Ashram d'Aurobindo)

V
     


Archétype du Féminin dans l'Evangile par Jean-Yves Leloup

Les femmes de l'Evangile, que ce soit la Samaritaine, Marie-Madeleine ou Marie, peuvent être considérées comme des archétypes du féminin, des archétypes de la "psyché" à la recherche du Logos. Ces personnes présentes dans l'Evangile incarnent un certain niveau de conscience, et il s'agit d'entrer en résonance avec elles. Leur façon de vivre dans notre espace-temps peut inspirer notre propre chemin. On peut lire les Ecritures non seulement comme des textes du passé, des textes historiques, mais aussi comme des textes de l'inconscient, qui à travers des images, des symboles, viennent nous rejoindre dans notre inconscient personnel pour nous donner des informations précieuses pour le cheminement par lequel passera notre propre désir dans sa quête de vérité.
Avec Marie-Madeleine, Myriam de Magdala, nous pouvons entrer en résonance avec sept attitudes qui sont les siennes à travers les textes de l'Evangile :
Marie-Madeleine est d'abord l'archétype de l'amante au désir non identifié, désorienté, puis de l'amante au désir reconnu, pardonné, évocation de la transformation qui doit se faire en nous pour aller du désir inquiet au désir pacifié. Marie-Madeleine est l'archétype du féminin comme capacité de méditation silencieuse, en parallèle avec sa sœur Marthe sans cesse en activité, et la question qui nous est posée doit nous inciter à intégrer en nous la contemplation et l'action. Marie-Madeleine est aussi l'archétype de l'intercession, la puissance de la compassion.
Marie-Madeleine est encore "capacité" d'intuition prophétique et de générosité, en parallèle avec Judas, elle est l'amour qui se donne face à l'amour qui calcule.
Elle est "capacité" d'accompagner les mourants : que l'on soit homme ou femme, c'est avec le féminin que l'on accompagne les mourants, avec une grande sensibilité qui fait trouver les mots justes au moment juste.
Marie-Madeleine est aussi écoute au-delà de la mort de ce qui n'est pas détruit par elle. C'est par notre dimension féminine que nous pouvons nous ouvrir à cette capacité. Marie-Madeleine, enfin, c'est l'initiée qui devient initiatrice, qui nous invite à devenir capables de témoigner dans l'espace-temps de quelque chose qui est au-delà de ce monde limité, capables de mettre de l'éternité dans le peu de temps que nous avons à vivre.
Ces sept archétypes sont autant de seuils qui nous entra"nent vers d'autres seuils, comme une invitation à aller voir en nous-mêmes ce qu'il en est de cet archétype du féminin dans notre intériorité, et comment il peut nous aider à traverser différents plans de conscience.
Parler de Marie, Myriam Vierge et Mère, est plus difficile, c'est parler d'une incarnation tout à fait particulière du féminin dans notre histoire, ce qui ne va pas sans investissement affectif. Il est difficile de l'évoquer d'une façon juste, sans émotivité, sans appréciation psychique faussée par nos mémoires. Les thèmes de la virginité ont souvent été utilisés d'une façon qui a empêché les humains de vivre pleinement leur dimension humaine. Et pourtant, on peut comprendre que pour mettre au monde du divin, de la lumière, de l'amour, il faut d'abord devenir vierge. Parvenir à ce domaine de l'immaculé en nous, ce n'est pas facile, et Maître Eckhart disait que l'on met longtemps à devenir vierge. C'est pourtant seulement dans ce domaine de l'immaculé que quelque chose de nouveau va se concevoir en nous. C'est dans le silence de la vacuité que nous allons appréhender la présence du Logos, de l'intelligence créatrice, et que nous allons éveiller en nous la dimension du fils de Dieu. Cette possibilité d'une immaculée conception est en nous, comme un graal capable d'accueillir le souffle de l'éveil après que la coupe de notre cœur ait été vidée de tout ce qui l'encombre, la ternit ou la salit.
Les archétypes nous font aborder une réalité universelle. Ils nous permettent de retrouver en nous cette dimension féminine qui, sur le plan spirituel aussi, nous met au monde. Ils nous permettent d'entrer en harmonie avec ce qui fait être l'Univers, avec ce qui fait "qu'il y a quelque chose plutôt que rien", en nous faisant retrouver en nous cette énergie et cette conscience qui nous traversent. Ils nous initient à cet état d'ouverture qui permet les noces de la Sophia et du Logos.

Propos recueillis par Francis Ducluzeau

 

Etty Hillesum

Etty Hillesum a livré son témoignage sous la forme d'un journal 1941-1943, Une vie bouleversée Ed. du Seuil:
"C'est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps: dans mes actions et mes sensations quotidiennes les plus infimes se glisse un soupçon d'éternité.
Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l'unisson de millions d'autres à travers les siècles, tout cela c'est la vie; la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l'on sache y ménager une place pour tout et la porter tout entière en soi dans son unité; alors la vie, d'une manière ou d'une autre, forme un ensemble parfait.
Dès que l'on refuse ou veut éliminer certains éléments, dès que l'on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel aspect de la vie et rejeter tel autre, alors la vie devient en effet absurde; dès lors que l'ensemble est perdu, tout devient arbitraire."
Betty Hillesum est morte déportée à Auschwitz le 30 Novembre 1943.

Quatre femmes remarquables du XXè siècle


Irina Tweed
trouve sa voie auprès d'un maître soufi (Bhai Sahib). Elle tenait un journal dans lequel elle fait part de son cheminement vers la libération intérieure:
"Le lever et le coucher du soleil, le jardin, avec les gens; la vie quotidienne peut apparaître extérieurement la même.
Mais les valeurs ont changé.
La signification sous-jacente n'est plus du tout celle d'avant.
Ce qui semblait intangible, inaccessible, lentement, très lentement, devint une réalité.
Lui seul existe. La vision constante de l'Unique se creuse et s'élargit dans l'esprit procurant une paix éternelle."
Irina Tweedi, L'abime de feu,
Ed. L'Originel-Accarias

Portraits choisis par Bruno Solt,
auteurde Maîtres spirituels et mystiques contemporains, Ed. Alphabétiques Retz

Edith Stein

En 1942, la mort dans les camps attendait aussi
Edith Stein
, Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix:
"Et plus semblables événements m'arrivent plus vivante devient en moi la conviction croyante qu'il n'existe pas - du côté de Dieu - un hasard.
Toute ma vie jusque dans ses détails a été préétablie dans le plan de la Providence et elle possède une cohérence de sens parfaite aux yeux de tout voyants de Dieu. Alors je commence à me réjouir déjà de la Lumière de Gloire, où me sera dévoilée, à moi aussi, cette cohérence de sens." Elle fut béatifiée en 1987.

Soeur Yvonne-Aimée de Malestroit,
fondatrice de la Fédération des Augustines Hospitalières, toujours au service des défavorisés, à la fois mystique et visionnaire reçoit les faveurs les plus rares dans la mystique chrétienne (transverération, mariage spirituel) sans cesser de connaître les épreuves de la souffrance tant morales que physiques. En 1960, le Saint-Office fit interrompre sa cause de canonisation et interdit toute publication sur elle.


Chrétienté et Répression


On dit que les femmes sont imaginatives, évasives, qu'elles se réfugient dans des rêves. Rêves de la sibylle de Cumes aux yeux écarquillés, là-bas, dans son antre noir de tuf, ou de la Pythie chère à l'Apollon de Delphes, et de Diotima, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila dans la lointaine Espagne, de Jeanne, à la tête de ses troupes, comme de Jeanne, Mère des Anges - et toute la répression et le rêve qui ont vu fleurir Sapho, Emily Dickinson.
La répression, le rêve, l'art sont terriblement proches.
L'exclusion féminine au nom de la raison
La raison masculine s'est autoconçue, autodécrite et s'est vantée d'être entièrement rationnelle (comme si une chose semblable pouvait exister). Et, expulsant d'elle-même l'irrationnel parce que honteux, elle l'a attribué aux femmes et aux fous: Folie et féminité sont terriblement proches: elles naissent toutes deux d'une approche dangereuse dans le processus de l'exclusion sociale. La Grèce, qui reconnut la divinité de la folie, exalta les prophétesses, seules personnes, avec les hétaïres, à qui l'on accordât un statut spécial. Mais le Moyen-Age, qui, tout en tolérant les fous de Dieu, se mit à s'imprégner de rationaliste hébraïque et grec avec Paul, les Pères de l'Eglise, Thomas et Aristote, commença le véritable processus social de l'exclusion féminine au nom de la raison. Il reste de célèbres verdicts de cette époque inaugurale, hantée par des tribunaux solennels des Pères, évêques, théologiens, docteurs, époque qui élabora le Droit Canon et le mundium. Si Paul, homme d'Orient, marqua un début dramatique, Tertullien y ajouta toute la fougue de son tempérament africain: "Femme, tu devras toujours porter le deuil parce que tu as perdu le genre humain, tu as touché l'arbre de Satan la première, tu es responsable de la chute des Anges. L'homme, au contraire, est digne de liberté et d'honneur. Il est même la gloire de l'image de Dieu, le Christ en tête."
Tout le Moyen-Age s'intéresse à cette question avec mille démonstrations et arguments subtiles pour décréter que Dieu est l'essence même de la raison. Dans l'homme se reflète l'essence même de la raison. Dans l'homme se reflète donc le lueur de la raison rayonnante, le rayon solaire de cette Intelligence parfaite. Saint Augustin simplifie la question: "Dans l'ordre naturel, on ne peut pas dire que la femme soit crée à l'image de Dieu."
Saint Thomas tranche le nœud. Il proclame: Foemina est aliquid deficeins et occasionatus, soutenant ainsi Que la femme est une déficience (deficeins ) et quelque chose (aliquid) de négatif. Ce grand prélat, évêque et saint, était aristotélicien convaincu que la femme n'était qu'un mas occasionatus, un mâle imparfait. (é)
Le Droit Canon se fixa et soumit la femme à une série d'incapacités juridiques (dont l'impossibilité d'hériter, et entre autres l'interdiction de s'approcher des autels, de toucher les vases et les linges sacrés: ainsi l'Eglise Chrétienne supprimait ce qui dans l'Antiquité classique avait été une institution sociale fondée sur l'irrationnel féminin: la Prêtresse, la Prophétesse sacrée. En outre, la femme, comme l'avait imposé Paul, devait dorénavant entrer à l'Eglise avec la tête voilée. le voile était le symbole de sa honte devant les hommes et Dieu.
Extraits de Auto-analyse de la Féminité par Amanda Guiducci, NRF

 

 

Femmes et chrétienté


Thérèse d'Avila
(1515-1582), réformatrice du Carmel, "elle décrit un "château intérieur", représentant l'âme, au centre duquel se trouverait la pièce la plus secrète: celle où a lieu l'union sacrée de l'âme et du divin, le hierosgamos. Ce qui peut rendre cette pièce, ce centre accessible, c'est bien le chemin qu'emprunte la méditation, l'oraison, prière du cœur, contemplation - qui révèle ce "trésor caché dans le champ" des Evangiles, cette "perle précieuse" blottie dans l'écrin du cœur."
D'après Daniel Maurin.

Femmes et Spiritualité par Judee Gee

En tant que femme, la vie spirituelle est vécue dans un sens global, plus au foyer qu'à l'extérieur. Il y a différentes manières de suivre son chemin, celui de l'homme est plus droit.
Il est d'une structure différente de celui de la femme qui a plus de difficulté à conserver son axe, la discipline sur le chemin, elle doit souvent apporter des soins aux enfants, aux élèves, aux patients.
Les "maîtres spirituels" sont souvent des hommes. Les femmes cherchent plutôt à se situer dans une relation avec les autres. Elles ont plus de mal à garder leur verticalité, une relation avec elle-même, les hommes se situent davantage par rapport à eux-mêmes.
Problème social mais aussi structure physique.
La femme cherche instinctivement à remplir ce vide à l'intérieur de son corps, au niveau du bas-ventre. Elle est attirée par une relation horizontale mais devrait modifier cette habitude, accepter de vivre avec ce vide, le considérer comme un état positif correspondant à sa vraie nature. Une partie de la recherche spirituelle d'une femme est de se réconcilier avec ce vide, de ne plus en faire une cause de souffrance, de le vivre comme une bénédiction.
Si elle pense qu'il y a un manque, elle se sentira obligée de le remplir avec du relationnel, de l'affectif, ce qui ne manquera pas d'occasionner des souffrances supplémentaires, lorsque l'homme ou les enfants s'en iront!
La réconciliation avec ce vide peut devenir une source de puissance intuitive, d'autonomie, peut faciliter l'acceptation de son intuition, du réceptacle qu'elle est dans sa structure même, dans son corps physique et énergétique.
On peut établir un parallèle entre recherche de beauté extérieure et recherche de beauté intérieure.
La nature de la femme est plutôt d'être transparente.
Elle s'occupe de ce qui se passe à l'intérieur. L'homme a plus de capacités à structurer, à organiser. La femme ressent comme plus naturel de rester dans le non-tangible, d'incarner le vide.
Elle vivra des expériences mystiques sans nécessairement avoir à faire, sans construire tout un enseignement autour.
Le lâcher-prise lui est peut-être plus facile que pour un homme.
Judee GEE est clairvoyante et psychothérapeute. Elle a fondé "l'Ecole de l'Intuition", dirige une formation de rebirth, et a crée en collaboration avec Jean-Louis Abrassart,"l'Ecole de la Lumière": mouvement spirituel pour l'évolution et la méditation dont les enseignements sont transmis par des guides lors de séances de channeling.
Elle est l'auteur de Le Pouvoir de l'Intuition (Editions Recto-Verso, Suisse) et de Comment Développer votre Intuition, L'Eveil de Votre Etre Intérieur, (Editions Dangles).
Stage Ecole de la Lumière: tel: 04 50 69 68 65


Mystique, une spécialité féminine ?


"Les mystiques, qui sont les virtuoses de la spiritualité, ont plusieurs vertus embarrassantes pour la hiérarchie: ils sont créatifs, ils explorent des voies nouvelles, ils expriment des choses qu'on n'avait pas dites jusque là; ce qu'ils vivent, ils le disent au nom du rapport direct avec Dieu. Cela n'est pas transmis par la médiation du clergé. Recevoir directement de Dieu des révélations, des impulsions, des sentiments, c'est inquiétant pour la hiérarchie."
"La virtuosité mystique, c'est clair, est massivement le fait des femmes. Et, quand les hommes s'y adonnent, ils subissent une certaine féminisation. Saint Bernard disait: "Mon âme est l'épouse de Dieu." Une femme n'a pas besoin d'un tel détour; elle dit: "Je suis l'épouse de Dieu." Pour parler de la mystique, les théologiens emploient souvent la symbolique des noces."
Jacques Maître, extraits de propos recueillis par J-P. Guetny, parus le 15 Déc.94 dans l'excellente revue A.R.M.

Portrait de Deux Grandes Femmes

Mère (ashram de Sri Aurobindo)
En 1908, Sri Aurobindo s'installa à Pondichéry, alors territoire français des Indes, avec ses disciples. Sa compagne, une française, Madame Richard, devint en 1920, la Mère de l'ashram. Dès 1914,î Mère sait que son travail sera de manifester le Divin dans chaque parcelle, chaque cellule et atome de son corps. Grâce au yoga de la transformation ou yoga intégral (ou yoga des cellules), elle écrira dans les nombreux volumes de l'Agenda de Mère (édition par I.R.E. B.P.9 -14400 Hermanville) racontant à son disciple et confident: Satprem, ses expériences corporelles. Tel un savant dans un laboratoire, elle décrit la formidable aventure qu'elle traverse pour ouvrir la voie qui mène vers la nouvelle espèce: l'homme divin. En 1968, elle fonde Auroville près de Pondichéry, un laboratoire de l'évolution nouvelle: "Ici nous commençons là ou Ramana Maharshi s'est arrêté." Mère est décédé en 1975.
D'après Bruno Solt,
Maîtres spirituels et mystiques contemporains, Ed. Alphabétiques Retz

Helena Petrovna BLAVATSKY
et la Théosophie
Née en Ukraine en 1831, famille grande noblesse russe, elle entreprit dès 18 ans plus de vingt années de quête et d'expériences à travers le monde. Au contact de maîtres spirituels, en Inde et surtout au Tibet elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie(Sagesse divine), philosophie ésotérique représentant la tradition commune à toutes les religions.
Elle fondait en 1875 la Theosophical Society à New-York.
Annie Besant, irlandaise qui allait lui succéder découvrit en 1908 avec son assistant C.W. Leadeater, un jeune indou, Krishnamurti, le futur "instructeur du monde".

 


 

D'après mon expérience par Théa Schuster

D'après mon expérience, la femme vit sa relation à la spiritualité comme une rencontre amoureuse: attirance, fiançailles, mariage, enfantement.
Tout commence par une nostalgie diffuse, par le désir d'une Présence sans nom, pressentie inhérente à toute chose et pourtant totalement ailleurs. Une sensation d'être, inexplicable et privilégiée, l'émeut, parfois jusqu'aux larmes, sans raisons objectives. Une voix intérieure et impérieuse l'appelle, ne la laissant pas en paix, même si elle tente de faire la sourde oreille en s'étourdissant dans l'agir-comme-tout-le-monde. Rien n'y fait, cette voix intérieure exerce de plus en plus de pouvoir sur elle, comparable en cela à la présence d'un amoureux qui deviendrait chaque jour plus pressant: indispensable et inquiétant.
Un jour, la femme accepte cet appel, s'y soumet et s'y engage: ce sont les fiançailles. Toute son ardeur s'enflamme au contact de l'idéal spirituel. Elle le clame, l'écrit en lettres de feu. Elle est si éprise qu'elle en devient intransigeante, ne tolérant nulle mise en question de la Présence qui l'habite.
Vient le temps du mariage, plus calme, plus pondéré, avec son lot de mises à l'épreuve: l'enthousiasme juvénile s'étant assagi, la femme choisit son engagement en toute conscience et traverse à cause de cela de longues périodes de doute quant à la justesse de son cheminement. A la maturité de sa vie, son entourage la sollicite, avec insistance, lui demandant d'être présente et disponible. D'où le questionnement sur le "on droit" de rester tournée vers l'intérieur à l'écoute de la voix de l'autre Présence qui lui parvient maintenant moins claire, comme étouffée par le bruit du monde qui l'entoure.
Ces moments de doute sont pourtant des instants précieux: la femme vit les douleurs de l'enfantement. A son insu d'abord, une force irrépressible agit en son for intérieur, s'amplifiant de jour en jour, la transformant de force en réceptacle du Divin.
La femme vit cette étape comme si elle était enceinte de Lui, le portant et l'accouchant dans les douleurs du doute, pour saluer enfin l'évidence de la Présence Divine qu'elle avait toujours portée en elle !
Théa Schuster organise des sessions
au Centre de Mirmande, dans l'esprit de K.D.Durckheim.



Femmes et Spiritualité
Le Point de vue de femmes contemporaines



Spécificité féminine de la quête, la pratique et la transmission spirituelles
par Martine Quentric-Séguy

Les femmes, celles de ma génération ou celles qui vivent encore sous le regard d'une société qui les veut faibles, inférieures, illogiques, celles qui vivent une enfance, voire une vie adulte, avec des limites rapprochées, ont une chance impalpable mais certaine. Ayant appris à accepter bien avant d'imaginer oser demander, elles ont intégré les limites de leur vie physique et mentale que ni le corps, ni l'intellect ne sentaient. Elles peuvent ainsi tout naturellement comprendre que cet Essentiel qui vibre en elles n'est ni ce corps, ni ce mental. Elles ont appris que OUI simplifie grandement la vie en réduisant les tensions tant externes qu'internes. Elles n'ont pas eu à s'imaginer fortes, puissantes: il leur suffit de connaître la ténacité, le courage et l'oasis de la faiblesse acceptée.
La maternité nous apprend le bonheur d'être habitées par la Vie en nous plus grande que nous. C'est le féminin en chacun que nous soyons biologiquement mâle ou femelle, qui s'offre, intériorise et porte à maturité. Le temps de gestation est compréhension, acceptation, patience, don jusqu'à l'abandon de soi, tendresse, dévotion car la dévotion est souvenir constant. L'accouchement de l'Etre n'est pas extériorisation mais réintégration de chaque cellule, de chaque pensée, implosion, surgissement vers le centre d'un Big-Bang inversé.
La femme ou mère idéale manifesterait toutes ces qualités, c'est pourquoi les grandes figures religieuses sont nommées "Mère" et souvent "Vierge et Mère". Virginité et maternité non pas corporelles mais ontologiques: capacité à disparaître au profit du vivant.
La pratique féminine est dans l'abandon, la patience, la tendresse, le courage tenace sans masochisme, ni négligence. Il est rare qu'une femme envisage de rester sur un pied 50 ans en vue de forcer l'illumination, mais elle comprendra volontiers que laver son bol attentivement puisse ouvrir la Conscience, et c'est d'ailleurs une femme, Ste Thérèse d'Avila, qui disait:
"Dieu est dans les casseroles de la cuisine"
La réalisation est amour et acceptation dans une humilité qui s'ignore elle-même.
La transmission est tendre et patiente: la Mère peut changer des milliers de linges souillés, elle peut prétendre se fâcher mille fois pour que l'enfant ne mette pas les doigts dans la prise, elle supporte avec la même tendresse les baisers rageurs et les coups de pieds rageurs, elle est présente sans défaillir dans les joies et les souffrances. Les Maîtres féminins conservent un rapport si naturel avec le monde qu'il est plus difficile de percevoir leur Réalisation à qui ne vit pas dans le même Etat.

Martine Quentric-Seguin, auteur de Ni Maître, ni Disciple, Ed. Le Fennec (épuisé) "Ce rien qui est tout" (aux Deux Océans), ainsi que trois livres de contes indiens parce que le message passe parfois bien mieux d'être dit ainsi :
- Au bord du Gange (Seuil - traduit en tchèque)
- Terreur, le cheval merveilleux (pour enfants, Ed. Tisseyre, Québec)
- Contes indiens (aux Deux Océans).

La Femme Solaire de Paule Salomon

Comment se libérer d'une blessure culturelle qui a 4000 ans (féminin dévalorisé, masculin idéalisé), comment rééquilibrer les polarités masculin-féminin, comment donner de la valeur aux deux aspects de soi et apprendre à les connaître?
Toute femme est dépositaire d'une pépite d'or authentique qui lui permet d'illuminer la vie humaine, la sienne et celle de l'homme, à condition qu'elle veuille bien se donner la peine de la révéler.
Toute femme est enceinte d'un soleil.
Une compréhension intime, originelle permet à la femme d'accéder au cÏur d'elle-même, à son essence, à une émanation d'ordre subtil.
Cette essence féminine se communique par une vibration de vie et d'âme qui parle directement à la nature de l'homme et le polarise vitalement, affectivement et spirituellement.
Le développement de la personne peut être lu à partir d'une spirale qui conduit de la dépendance du bébé à l'autonomie extérieure et intérieure de l'adulte. De la dépendance à l'indépendance, ces deux pôles extrêmes conduisent à rencontrer la voie du milieu représentée par l'autonomie.
Sur le même schéma, naître dans un corps féminin demande une rencontre avec le masculin extérieur et intérieur pour la naissance d'un troisième terme qui serait l'androgynat de l'être, expression de l'autonomie.

Femme Solaire de Paule Salomon
Ed. Albin Michel
Paule Salomon, philosophe, enseigne le développement personnel, enrichi par 20 années de recherche spirituelle et des techniques de psychothérapie.
Centre d'Eveil, B.P. 6 - 06530 Cabris France
Tel: 04 93 60 61 58


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Suite et fin

De la non-dualité, réaliser en soi l'unité primordial par Denise Desjardins

En toute femme existent des composantes masculines et en tout homme existent des composantes et des aspects féminins.
Il est possible de retrouver l'unité primordiale, cette énergie unique, indifférenciée, toute puissante, qui anime l'ensemble des êtres humains quels qu'ils soient.
L'ennui c'est que nous nous prenons pour une entité indépendante avec une volonté propre.
Que dirions-nous si une ampoule électrique affirmait: "Moi, je suis toute-puissante" alors que sa puissance provient du courant électrique qui passe à travers elle et qu'elle n'en est que le canal? (…)
Ce sont les nœuds émotionnels qui bloquent le passage de l'énergie et l'empêchent d'œuvrer en nous. (…)
Energie active, énergie passive se retrouvent en chacun.
En général, on pense que l'aspect d'accueil, l'accueil passif, est dévolu à la femme et que le principe actif reste le privilège de l'homme. A première vue, c'est vrai: le rôle de la femme semble être de recevoir. Habituellement, elle reçoit, son confort, de l'argent et le sperme. Il est également vrai que l'homme a le rôle actif dans sa profession, sa responsabilité de chef de famille comme dans sa sexualité mais en vérité, la femme a aussi un côté actif (...)
Multiples rôles à jouer, pouvoir de séduction qui s'insère dans un magnétisme bien plus puissant, celui que représente le pôle féminin face au pôle masculin.(...)
Il est dans la nature de l'homme de prendre l'initiative d'aller vers la femme passive. Mais de l'aimant immobile et du fer qui s'y précipite, quel est celui qui agit si ce n'est l'aimant, quel est le rôle actif si ce n'est la femme? La femme aura donc à jouer de ces deux aspects: recevoir, écouter, accueillir (l'aspect passif) mais aussi utiliser son pouvoir d'attraction dynamique ainsi que son pouvoir créateur.
Egalité d'être dans la complémentarité
On met beaucoup l'accent sur le rôle réceptif de la femme mais l'homme doit aussi avoir ce côté réceptif et ce rôle de compréhension, valeurs généralement qualifiées de féminines. Si l'homme en est dépourvu, c'est une grande lacune. Précisons donc que la vie de tous les jours comporte des moments où, tout naturellement, l'homme est réceptif et la femme spontanément active.
Passivité et réceptivité de celui ou de celle qui écoute, activité et affirmation de celui ou celle qui parle: toute une série de rôles complémentaires existent par lesquels nous passons, tour à tour, hommes et femmes. Denise Desjardins
Extraits de Femmes de Lumière, un excellent ouvrage dans lequel Rachel et J-P. Cartier, nous font rencontrer de nombreuses femmes extraordinaires avec des entretiens mais aussi grâce aux descriptions enrichissantes de l'environnement de ces femmes, leur vie de tous les jours, les commentaires de leurs proches, chacunes ayant des origines et des pratiques différentes. Editeur Table Ronde

 

 


Créateur au masculin ou au féminin par le Rabbi Zalman Scachter-Shalomi

Alors que le Dalaï-Lama avait mentionné le mot création, le Rabbi Zalman Scachter-Shalomi développa:
"Je voudrais suggérer que la notion d'un créateur qui vient de l'extérieur, qui fait que quelque chose se passe, n'est pas la manière utilisée dans la Kabbale. La Kabbale parle d'une émanation. Cela sort de Dieu. Il n'y a rien d'autre que Dieu, aussi tout provient de Dieu."
Il expliqua qu'une nouvelle connaissance au féminin voit le jour qui observe la cosmologie en termes de femme. Au lieu de voir la création comme- "Papa a fait et est parti", on peut plutôt voir une Maman et un enfant qui grandit, et les mondes engendrés. La réalité est engendrée et en surgit. Et ainsi on parle des entrailles de l'être, qui pourrait correspondre à sortir de shunyata (dependant arising). Notre théologie est en pleine transformation du fait de l'impact de la pensée féministe. Beaucoup disent que nous avons exprimé tout cela jusqu'à présent comme des hommes le pensent, le font et comme ils agissent."
Extraits de The Jew in the Lotus (Des juifs dans le Lotus) de R. Kamenetz, Harper Collins, Usa. En Octobre 1990, un groupe de personnalités juives pratiquantes se rendaient au cœur du monde Bouddhiste pour enseigner et apprendre et étaient reçus à Dharamsala par le Dalaï-Lama et d'autres dignitaires bouddhistes tibétains.

AMRITA ANANDAMAYI MA
par le Dr Bernard Pernel
En cette fin d'été 82, alors que Ma Anandamayi quittait son corps, le rayonnement spirituel intense d'une jeune femme née dans un village de pêcheurs au Kerela, se répand dans tout le Sud-Ouest de l'Inde.
Elle se nomme Soudhamani (Pur Joyau), elle a 29 ans et quand elle donne son Darshan ("vision bénie du sage") dans un petit temple très ancien au bord de la mer d'Arabie, tous ceux qui se pressent autour d'elle sont saisis au plus profond de leur être par la puissance sacrée de sa danse, l'indicible beauté et les élans extatiques de son chant, incarnation divine de la Joie.
Chaque année, Amma passe plusieurs mois en tournée à travers le monde.
Partout son message est le même: elle incarne l'Amour universel, l'Amour inconditionnel. Son exemple vivant, le rayonnement exceptionnel et indescriptible de sa présence, semblent être le véhicule essentiel de l'enseignement qu'elle transmet.
De nombreux occidentaux séjournent dans son Ashram au Kerel pour y suivre une ascèse rigoureuse, soutenus par l'Amour de cette Mère divine dont ils sont les enfants.
Partout dans le monde, lors de chacun de ses Darshans, elle accueille des heures durant, dans ses bras, des centaines de personne qui fondent littéralement au feu de cet amour, et reçoivent en quelques instants la plus totale confirmation affective qu'un être humain puisse recevoir. Sans doute, certains, non identifiés à l'attraction irrésistible qu'elle déclenche, catalysés par sa présence, participent avec elle de cette même et unique réalité que l'Inde nomme Sat-Chit-Ananda, c'est à dire Etre-Conscience-Béatitude :
"En fait cette Mère extérieure telle que vous imaginez la voir, n'existe pas. Seule existe la Mère intérieure, immobile, silencieuse, éternelle, immuable." AMMA

 

La révélation coranique s'est adressée à l'Etre qu'il soit homme ou femme.

Devant cette révélation, les êtres sont égaux car nous sommes les créatures de Dieu. La révélation coranique ne possède aucune arrière-pensée qui puisse laisser croire que la femme est inférieure ou que son âme est diminuée. Pour l'Islam, la femme est l'égale de l'homme aussi bien sur le plan de la création que sur celui de l'Etre. Métaphysiquement, il n'y a pas de différences. La femme est aussi capable d'atteindre des états mystiques élevés, mais il y a simplement une différence de nature. (…)
Il vaut mieux prendre conscience que nous sommes Un, et que tous les êtres humains doivent évoluer ensemble, vers une meilleure compréhension d'eux-mêmes, vers la liberté et un monde plus harmonieux pour tous.
Pour la tradition islamique, la femme est effectivement prisonnière d'un ordre social, mais les hommes le sont aussi. Nous avons été emprisonnés par des coutumes locales et ancestrales qui vont à l'encontre de ce qui est écrit dans le Coran. Il est donc important de les dénoncer et de revenir vers ce texte sacré qui est à même de véritablement nous libérer et d'apporter une joie réelle de vivre, grâce à la mise en pratique. Car une liberté basée sur des mots, des désirs ou des passions n'est pas la véritable liberté de l'Etre.î Cheikh Ben Tounes, maître soufi, qui achève la rédaction d'un livre avec Romana et Bruno Solt, édition Table Ronde.