En lisant
"Dialogues avec l'Ange, Un document recueilli par Gitta Mallasz"
A propos d'une
apparition Lire le récit d'une apparition, c'est faire l'objet d'une double provocation; d'abord il est difficile, voire impossible, d'y croire ; d'autre part, et pour ainsi dire en sens contraire, un tel récit réveille en notre for intérieur l'étrange besoin de recevoir un jour une parole venue d'ailleurs, une "rencontre du troisième type" plus ou moins consciemment attendue. C'est une "provocation" de ce genre que je viens de vivre en
lisant un livre, "Dialogues avec l'Ange", qui porte en sous-titre:"Un
document recueilli par Gitta Mallasz" (Aubier éditeur). Il
raconte comment un ange a fait irruption dans la vie de quatre jeunes
hongrois, Hanna, Lily, Gitta et Joseph, le mari de Hanna. Au printemps
de 1943, alors que la Hongrie va basculer dans la guerre, ils décident
de quitter Budapest pour s'installer dans une campagne proche de cette
ville, afin d'y travailler ensemble, tout en menant une vie plus calme
et propice à la méditation. Un beau jour, au cours de l'une
de leurs conversations, Hanna prévient brusquement Gitta: "Attention,
ce n'est plus moi qui parle!" Avant d'aller plus loin, je crois utile de dire que ce livre était
rangé depuis trois ou quatre ans sur un rayon de ma bibliothèque.
Je l'avais acheté sur les recommandations d'un ami. Je l'avais
parcouru. Je l'avais trouvé intéressant... et je l'avais
refermé, sans lui prêter plus d'attention. Dernièrement,
à l'occasion d'un travail personnel, je lis un ouvrage qui, par
le bais d'une citation, me renvoie aux "Dialogues". L'ange qui parle par la bouche de Hanna répond: Ces mots me rappellent cette remarque de C. G. Jung: "Le paradoxe, aussi étrange que cela puisse paraître, est un de nos biens spirituels suprêmes, alors que l'unité de signification est un signe de faiblesse... Car seul le paradoxe se montre capable d'embrasser, ne serait-ce qu'approximativement, la plénitude de la vie ( C. G. Jung , "Psychologie et alchimie", éd. Buchet-Chastel). L'Ange déclare un jour à Lili: La demande et l'acte Comme pour nous encourager dans cette marche, l'Ange nous dit: Autrement dit, et cela me réconforte, je l'avoue, il faut "être en manque" pour avoir une chance, un jour, de recevoir quelque chose. C'est peut-être pour ça que ce sont les marginaux, les pêcheurs faméliques des bords du Lac de Gallilée, les éclopés, les larrons et les putains à qui il a été donné, il y a deux mille ans, de reconnaître le petit rabbin itinérant nommé Jésus. Mais cet état de manque n'est pas valorisé pour autant.
S'adressant à Gitta, l'Ange déclare: Je ne peux m'empêcher de penser ici au chapître 2, verset 3, de la Génèse qui conclut le sept jours de la création du monde: "Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se reposa de toute l'oeuvre qu'il avait faite pour la création" (je souligne ce dernier mot car il est en général mal traduit de l'hébreu dans les différentes versions françaises de la bible. Le dernier mot de cette phrase, littéralement traduit de l'hébreu signifie: "pour faire". Dieu s'arrête de créer pour que l'homme prenne le relais). Et ce rôle central de l'homme dans la poursuite de la création lui confère une responsabilité redoutable: "Retenir la force, c'est la cause de toutes les maladies... Que
cela soit pour vous un enseignement, et non un fardeau qui vous rabaisse."
( p. 108) "Le sang de celui qui ne transmet pas se coagule, s'arrête. "Le rideau s'appelle "je". Si tu l'ouvres, tu seras LUI
... L'homme est un sceptre dans la main de Dieu. Le sceptre est le lien
entre le haut et le bas." ( p. 176) L'âme "anéantie" Il nous est difficile de comprendre profondément la joie de la béguine Marguerite Porete ("Le miroir des âmes simples et anéanties", Albin Michel éditeur), du dominicain Eckhart ou du sculpteur Giacometti lorsqu'ils prennent le parti de s'effacer, de faire disparaître le "je" créateur au bénéfice de l'oeuvre toute nue qu'ils laissent derrière eux. Et pourtant cette joie inonde leur travail, jusque dans les angoisses qui les ont pourtant accompagnés tout au long de leur vie. "LUI seul agit. Si tu sens que c'est toi qui agis, tu es passive, inactive. Si tu agis vraiment, tu ne le sens pas, tu sens seulement que tu es pleine de joie" ( p. 105) Voilà ce que s'entend répondre Lili qui vient de demander:
"Pourquoi sommes-nous actifs quand nous devrions être passifs,
et inversement?" Comme cela se passe pour les quatre "enseignés", je reçois, moi aussi, ces paroles en plein coeur. Car je me suis longtemps promené à cette lisière qui, pour chaque homme, je crois, pour chacune de nos vies, délimite le créé et l'incréé, ce que l'on a fait, et ce qu'on a seulement voulu faire, sans pour autant le réaliser. Et l'Ange me dit, même si c'est à Gitta que ces paroles
sont adressées: Pour Lili, Hanna, Joseph et Gitta le terme de l'initiation est en même temps celui du cataclysme que connaît la Hongrie en 1945. Les trois premiers d'entre eux trouveront la mort, parce qu'ils sont juifs, dans les camps d'extermination nazis. Gitta survivra mais au prix d'une immersion dans un univers hostile, dont elle finira par s'échapper au bout de quinze années de difficile survie. Et pourtant, c'est à ce terme de l'initiation, qui est en même temps celui du livre, que l'enseignement des Anges rayonne d'une joie quasi-palpable. Un silence s'installe en nous quand se termine notre lecture . Pierre Marchou, Printemps 1999
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Entretien avec J Je
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