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"En quoi
consiste le Soufisme?"
Abu Saïd Ibn Abi'l Khair répondit:
"Ce que tu as en tête, abandonne-le;
Ce que tu as en main, donne-le;
Ce qui t'advient, ne l'esquive pas."
L'islam est une révélation divinei,
par essence éternelle et sans parti pris, qui incite l'homme à
découvrir ses potentialités et toute la richesse qui l'anime.
Bien souvent l'homme se limite à son environnement extérieur
immédiat et ne désire pas entrer en relation avec sa force
intérieure.
Il ne veut pas voir qu'il ne vit que pour témoigner et transcender
ce miracle perpétuel de la vie. Par conséquent, nous pouvons
dire que ce message est lumineux, qu'il apaise l'homme, le rend meilleur
avec lui-même et ses semblables et le pousse agir dans la voie du
salut, de la bonté et de la charité.(.) Dès que l'homme
est devenu conscient de sa relation avec l'Absolu, il cherché la
Vérité.
.Le Soufisme est la voie ésotérique
de l'Islam
Cette école, cette voie n'existent que dans l'optique de cette
seconde naissance où l'homme se dissout alors dans le Divin. Afin
que cette expérience soit complète, elle doit s'accomplir
ici, dans ce monde, avec une enveloppe charnelle comprenant ses contradictions,
ses plaisirs, ses désirs, ses responsabilités.
Discipline Spirituelle
Son but: permettre de pacifier l'ego et redécouvrir l'étincelle
d'Esprit qui est d'essence divine.
Par un ensemble d'expériences purificatrices et purifiantes, il
parviendra à dépoussiérer et polir ce miroir intérieur
qui brillera de plus en plus et réfléchira cette lumière
divine déjà présente en lui.
Dès qu'un homme peut révéler cette lumière,
elle devient utile aux autres.
Le Soufisme conduit l'homme vers l'Unité
Dieu est à la fois le Tout, l'Autre et
l'Inconnaissable
C'est l'homme qui crée la dualité en faisant de lui une
entité séparée de Dieu.
En réalité, il n'a jamais été séparé
de nous. C'est notre ignorance et notre orgueil qui masquent sa présence.
(.) En définitive, Dieu a toujours été présent
au cur de l'homme. Non seulement il a toujours été
là, mais il n'y a que Lui et rien d'autre que Lui.
C'est là que se situent la causalité et la finalité.
Le Tout.
La voie ésotérique nous aide à
vivre l'instant en Dieu
Le monde est un reflet de nos états intérieurs.
C'est pourquoi lorsque nous vivons des moments de joie, notre environnement
nous paraît beau, harmonieux et les difficultés s'estompent.
Et lorsque le monde intérieur est perturbé, la vie nous
semble violente incohérente et contradictoire. En vérité,
c'est notre vécu intérieur qui colore le monde extérieur.
En transformant notre monde intérieur, nous modifions le monde
qui nous entoure. Car la prise de conscience que nous vivons produit un
rayonnement autour de nous.
Si nous agissons avec clémence, douceur, compassion et joie, nous
répandons autour de nous une énergie de bien-être.
Le Cheik rappelle souvent que l'Islam a eu de nombreux prophètes
et que l'on cite souvent le nom du prophète Mohamed qui est le
dernier connu mais sont également reconnus parmi les prophètes
principaux: Abraham, Moïse et Jésus.
Nous fûmes amenés à nous revoir avec plaisir à
de nombreuses reprises.
J'ai d'abord était fasciné par l'homme. Il a une quarantaine
d'années, toujours souriant, aimable mais aussi très érudit
et d'une grande clarté dans sa transmission d'enseignements souvent
complexes, tout en étant très humble. Sacré cocktail
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A propos de Jihâd
Un jour, je demandais à Khaled, de m'expliquer ce que voulait dire
dans sa tradition , la Jihâd et il me répondit que c'était
la grande guerre sainte.
Je sursautais et m'apprêtais à , il continua calmement, la
grande guerre sainte : le grand combat, le combat contre le moi, contre
l'ego.
Jihâd, la grande guerre sainte: le combat du moi.
Un jour, le Prophète (s.s.p.) qui revenait du combat a dit:
"Nous sommes revenu du petit combat et nous allons vers le grand
combat. "
- Mais quel est ce grand combat?
Et il a répondu: "C'est le combat du moi."
La grande guerre sainte n'est pas destinée à répandre
la foi islamique . (.).ce grand combat n'est rien d'autre que le combat
de l'homme contre lui-même.
Il s'agit de lutter contre l'ego distordu qui est toujours en lutte avec
la réalité phénoménale et génère
des pensées et des réactions regrettables. Il ne s'agit
pas de le tuer mais de le pacifier, de l'apaiser, c'est très différent!
De l'homme et de la femme
Un autre jour, je demandais à Khaled, de m'expliquer
quelle différence la tradition soufie, cur de l'Islam, et
le Coran faisaient entre l'homme et la femme.
"La révélation coranique s'est adressée à
l'Etre qu'il soit homme ou femme.
Devant cette révélation, les êtres sont égaux
car nous sommes les créatures de Dieu.
La révélation coranique ne possède aucune arrière-pensée
qui puisse laisser croire que la femme est inférieure ou que son
âme est diminuée.
Pour l'Islam, la femme est l'égale de l'homme aussi bien sur le
plan de la création que sur celui de l'Etre. (.)
Il vaut mieux prendre conscience que nous sommes Un, et que tous les êtres
humains doivent évoluer ensemble, vers une meilleure compréhension
d'eux-mêmes, vers la liberté et un monde plus harmonieux
pour tous.
Des coutumes en général et du voile en particulier
La plupart du temps, tout ce qui est décidé et accompli
dans les pays de confession musulmane l'est davantage en fonction de la
coutume (autochtone, ancestrale) que par rapport aux directives de l'Islam
proprement dit.
La question du voile est très révélatrice de cette
dérive.
Etre musulman ne tient pas à la façon de s'habiller!
Comme l'a si bien résumé le Prophète (s.s.p.):
"Dieu ne regarde pas votre apparence, ni vos actions, mais Il regarde
vos curs [l'intention]."
L'Islam est toujours fondé sur l'intention et la paix du.
Education et dépendance
Enfin, je demandais à Khaled de m'expliquer comment se fait-il
que le monde islamiste actuel est soumis à de telles turbulences
? Comment se fait-il que les soufis ne sont pas écoutés
.
Il me répondit que le soufisme n'est pas une religion mais est
un mouvement constitué d'écoles. Que la sienne bien que
lui-même et ses prédécesseurs étaient descendants
directs du Prophète Mohammed, ils étaient pourchassés...
Nombreux extraits de:
Le Soufisme, Cur de L'Islam
par Cheikh Khaled Bentounès
avec Bruno et Romana Solt, Ed. La Table Ronde |
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Histoire
d'une rencontre
Le Samedi suivant, arriva un homme assez jeune et très souriant,
d'une grande courtoisie qui prit place dans l'assistance.
La rencontre avait pour objet l'Evangile selon Thomas. Il l'écouta
avec attention, puis je ne pus m'empêcher de le présenter
au public et à lui poser quelques questions sur le point de vue
soufi.
D'autant plus sacré que le Cheikh Khaled Bentounès est le
descendant d'une lignée de maîtres-soufis qui remonte au
Prophète Mohammed.
Il a été élevé dans la tradition de l'Islam,
en Algérie à Mostaganem, dans la zaouia, lieu où
la communauté vit, travaille et prie sous la direction d'un maître,
le cheick. Il y as uivi une formation comprenant un enseignement traditionnel
et une initiation. Bien que son maître spirituelle fût son
père, le Cheikh Sidi Hajj Madhî Bentounès, quatre
autres maîtres l'ont précédé. Parallèlement,
à l'école public où l'enseignement scolaire était
donné par des coopérants français, dès l'age
de quatre ans, il apprenait les versets du Coran sous la direction d'un
maître coranique puis commençait vers 15 ans à les
commenter. Il avait également un maître pour l'apprentissage
de la loi islamique, le droit, le rituel, le code moral, la philosophie
et la grammaire. Et, enfin, deux autres maîtres l'un pour la poésie
et le chant comme moyens d'élévation de l'âme, et
l'autres pour lui enseigner l'aspect subtil et ésotérique
de la vie.
De l'enseignement à l'école
"Dans ses commentaires, le maître nous donnait la
demi-vérité.
L'autre moitié nous devions la découvrir à partir
de notre qualité de réflexion et de notre vécu intérieur.
Il ne disait jamais 2+2= 4 mais 2+2 ?. A toi de faire l'addition.
La vérité est à l'image du beurre.
Le maître nous donnait le lait et, par nos efforts, nos méditations.
nous étions aptes ou non à produire du beurre. Bien sûr,
chacun évoluait en fonction de la qualité du travail accompli.(.)
L'enseignement soufi n'est jamais figé, fixé et fermé.
De là découle une grande liberté de pensée
et la nécessité d'une quête quotidienne."
Biographie sommaire
du Cheik Khaled Bentounès
Vers 18-20 ans, l'enseignement se termine par une pérégrination.
Certains parcouraient le monde toujours tenus par cette quête de
savoir et de réalisation. "La main de Dieu" poussa Khaled
à aller en Europe, d'abord à Oxford et Cambridge puis à
Paris, où il ouvrit commerce, désireux de subvenir à
ses besoins et il s'installa à la zaouia d'Ivry.
Vie spirituelle et vie matérielle
"Aujourd'hui, je sais que je possède un trésor incomparable
sur lequel je dois veiller. Il donne un sens à la vie, loin du
pouvoir, de l'argent et des honneurs., ces artifices du bonheur si chers
au genre humain. Si l'homme, face aux difficultés de l'existence,
a les moyens de revenir à son centre, il s'apaise et perçoit
l'éphémère de toute chose, heureuse ou malheureuse.
Cette prise de conscience, cette relation au centre de son être,
amène la détente et le lâcher-prise.
Pourquoi souffrir si l'on perd une chose qui ne dure qu'un instant, alors
que l'éternité vous anime?
Mais quelqu'un qui n'a jamais été éprouvé,
qui n'a pas connu le besoin ou qui n'a jamais été confronté
à un environnement hostile ne peut pas aller chercher cette force,
car il est resté blotti dans son cocon. Si j'étais resté
à Mostaganem, c'est probablement ce que j'aurai vécu. J'aurais
assimiler l'enseignement sans le mettre en application sur le terrain
même de la vie d'aujourd'hui. Tout mon séjour en Occident
a consisté à le mettre en pratique et à acquérir
la force qui en découlait.
La force [spirituelle], c'est comme une boussole. L'aiguille bouge mais
elle ne perd jamais le nord. (.) Cet enseignement donne une direction
bien précise: l'Unicité. On se s'égare pas dans des
chemins de traverse ou, si cela se produit, c'est pour mierux apprendre
et progresser."
Quelques années plus tard, une autre épreuve allait profondément
le transformé: la mort de son père.
écrire succession et transformation p,40 et 41
Ce qui est fascinant, c'est que chaque rencontre avec Khaled, est une
rencontre avec cet être transformé, éveillé
et qui sous des allures si simples vous rappelle à chaque instant
CE QUI EST.
Au décès de son père, il est désigné
chef de la grande confrérie Alawiya, par le conseil des sages.
Il a d'abord refusé puis dû admettre qu'il ne pouvait lutter.
Alors, commença un long processus de transformation intérieure.
Au-delà de la personnalité attachante de Khaled, je fus
saisi par chaque découverte de l'enseignement soufi.
Bien que nouveau dans sa forme, quelque chose résonnait en moi.
Plus tard je lus que "le prince Dara Shikoh, fils de l'empereur indien,
Shah Jahan, et mystique lui-même avait affirmé au XVIIème
siècle que le Soufisme et le Vedanta de l'Advaita étaient
essentiellemnt une seule et même chose, avec quelques différences
superficielles de terminologie."
(Cité par Rahmatoullah, Intuitions n°37)
Ceci pouvait peut-être expliqué pourquoi cet enseignement
bien qu'apparemment nouveau pour moi, m'était déjà
tellement familier.
Frédéric Mantel
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